Tout se joue en 1968 quand s’ouvre dans le quartier latin l’Alcazar, cabaret effervescent connu pour ses numéros de music-hall excentriques et la présence de Marie-France, strip-teaseuse haute en couleurs. Alain Kan y performe en collants résille, make-up de drag-queen et canotier sous le nom d’Amédée Jr ; il fréquente Gainsbourg, Barbara, Dani, et Régine. Kan décide alors d'écrire ses propres chansons plutôt que d'interpréter des reprises, notamment des standards de Paul Anka. Un choix judicieux.

 

 

Censure
Il se met par ailleurs à composer pour d’autres. Mon p’tit photographe pour Danie est le premier de ses morceaux à connaître la censure… Dans les années 70, sa belle gueule se pare d'un maquillage décadent et sa musique devient de plus en plus punk, lui-même l’appelle du « rock de pédé ». Alain Kan chante son homosexualité, le triolisme, l'absence de ce père qu'il n'a pas connu. La presse a vite fait de le surnommer le Bowie français. Alain prétendra avoir passé dix jours en sa compagnie. Nul ne sait si c'est vrai. Mais la légende est lancée. On pense aussi à un Rimbaud rock. A Morrisson. Dans une France conservatrice dirigée par Pompidou, le garçon au regard intense détonne. A cette époque, Kan part pour Londres, il y découvre le glam-rock (T-Rex) et le Velvet Underground. C'est sous ces influences qu'à son retour en France, il sort deux albums chez Motors, le label de Christophe qui a épousé sa sœur et dont il est proche (Kan écrira même des textes pour lui, et inversement).

 

 

Punk de pédale
Et Gary Cooper s’éloigna dans le Désert (1975) et Heureusement qu’en France on ne se Drogue pas (1976), deux disques ironiques, poétiques, subversifs au parfum de scandale : Kan est interdit d’antenne et de promo. Il est même retiré de la vente pour incitation à la consommation de drogues. Il suffit d'écouter la chanson d'amour/hymne aux psychotropes Speed my Speed pour comprendre. Pendant sa tournée française, il en profite tout de même pour chanter, travesti, une version de La Marseillaise, plus choquante encore que celle de Serge. En 76, il en rajoute une couche en fondant un groupe de «punk pédé », Gazoline, nommé d'après le nom des gays qui manifestent à l’époque contre les représentations clichés de la Cage aux Folles. Pas si folle la guêpe.

 

Gazoline

 

Dérive nazie
En 1979, Kan compose son troisième album, Whatever Happened To Alain Z. Kan, plus sombre et agressif que les précédents. Il franchit encore un cap dans la provoc' nihiliste : le morceau Tonton Adolph contient des samples de discours hitlériens. Il se voit interdit des ondes. Après une tentative de reconversion dans la poésie, Alain remonte sur scène en 1982, pour une tournée auto-proclamée «  travelo-rock ». Au programme : menottes, uniformes SS, accessoires SM, histoires homosexuelles racontées en détail à un public médusé qu’il provoque toujours plus. Sa voix est alors glaciale, et son charisme, incroyable.

En 1986 avec des musiciens de Taxi Girl, Kan publie Parfums de Nuit, objet bruitiste, jusqu’au-boutiste, d'une grande modernité. Mais l'alcool et les drogues ont raison de son génie, condamné à la confidentialité. Devenu représentant pour des produits informatiques, le chanteur disparaît mystérieusement le 14 avril 1990 où il a été vu pour la dernière fois sur un quai de la station de métro Rue de la Pompe (d'autres disent Châtelet). Véronique, sa sœur, Christophe et ses proches lanceront un appel à témoin dans Perdu De vu sans obtenir de réponse. Et si, comme on le dit pour Elvis, il était toujours vivant ? Dans les cœurs de rockeurs sombres, ses mots résonnent eux toujours.

 

 

Ecouter/télécharger:

 

Alain Kan - Speed My Speed

Alain Kan - Nadine, Jimmy & Moi

Alain Kan - Hollywood Suicide

Alain Kan - Heureusement en France, on ne se Drogue Pas

 

 

Violaine Schütz.