Stéphane Guyot est un homme comme les autres. Cet agent immobilier, marié et père de trois enfants, profite des rayons de soleil printanier pour se détendre en famille au Parc Astérix. Pourtant, cette vie ne le rend pas banal pour autant. Aujourd’hui, il est le fondateur du parti du vote blanc. Lassé de donner sa voix, à chaque fois, pour "le moins pire des candidats", il distribue comme un véritable arbitre de terrain, des cartons immaculés à ceux et celles qui ne respectent pas la règle du jeu démocratique : reconnaitre le vote blanc dans les élections françaises.

 

Qu’est-ce que le parti du vote blanc ?
Stéphane Guyot : L'idée m'est venue car j'en ai eu marre de voter à chaque fois pour le moins pire des candidats. Tout d'abord cela a été une association de la loi de 1901 qui est ensuite devenue, depuis quelques années, un parti politique. Pour ces législatives, nous sommes une trentaine de personnes à incarner le vote blanc. Le but est de créer un véritable tissu national ; que les gens s'approprient la problématique autour du vote blanc, petit à petit. Je souhaite qu'il devienne un vrai réflexe démocratique.

 

De quelles familles politiques sont majoritairement les candidats qui adhèrent à votre parti ?

Stéphane Guyot : D'une manière générale, il y a beaucoup de personnes qui sont tout simplement déçues de la politique. Parfois, certaines d’entre elles ont même été impliquées dans certains mouvements comme le PS, l'UMP, le Modem, le Front de Gauche... En fait, ce que je veux vous faire comprendre, c'est que c’est très hétérogène. Ce qui est important aujourd’hui c’est qu’elles défendent une seule et unique cause : dire non à ceux qui les ont désillusionnées, par le biais du vote blanc. Je me fous royalement de connaître les opinions politiques des différents candidats de mon parti. Ce n'est pas mon propos. Juste, je veux défendre un outil démocratique, pas une idéologie…


Pourtant, on a toujours eu le choix de voter blanc sans forcément avoir besoin d'adhérer à votre parti ?
Stéphane Guyot : Bien évidemment. Depuis toujours on peut le faire, sauf qu'il n'y a pas de bulletins blancs dans les bureaux de vote ! En ce moment, ce que vous faites sans même le savoir, c'est que vous votez nul au lieu de voter blanc. Car la plupart du temps vous laissez une enveloppe vide dans l'urne. Alors que la différence est très importante : quand vous votez blanc c'est que vous avez rempli votre devoir de citoyen, en allant voter, mais que vous ne partagez pas la vision politique d'aucun des candidats. Pour ceux ou celles qui sont intéressés par la politique, ils doivent avoir le choix de clamer haut et fort leur mécontentement par le biais de cet outil. Mais pour le moment ce n'est pas reconnu en tant que tel. Et voilà tout l'objet de notre démarche.

Quelles sont vos revendications pour ces législatives ?
Stéphane Guyot : Tout d'abord nous voulons conserver le mandat le temps de pouvoir accéder à l'Assemblée Nationale. Le but étant de défendre un texte de loi en vue de la reconnaissance du vote blanc. Et une fois que le code électoral sera modifié et bien nous démissionnerons de notre poste. Nous n'avons, au final, aucune autre revendication que de faire reconnaître ce petit bout de papier vierge dans les élections françaises.

 

Mais pour tenter de légiférer autour de cela, ne pensez-vous pas que vous aurez toujours moins de poids qu'un candidat d'un grand parti politique qui serait favorable à cette réforme ?

Stéphane Guyot : Attendez, il faut rendre à César ce qui est à César ! Vous ne le savez peut-être pas mais j'ai obtenu plus de 400 parrainages en vue de me présenter pour les dernières élections présidentielles. Ce qui, il faut le dire, au bout d'un an d'existence de notre mouvement était déjà une belle prouesse. Si les autres partis politiques l'ont intégré dans leur programme, comme Bayrou ou Dupont-Aignan, c'est grâce à nous. Si nous avons tellement entendu parler du vote blanc cette année, c'est parce que nous avons harcelé les médias et les partis politiques, inonder les réseaux sociaux et les sites web sur cette question. 2012 était vraiment une période clé car le ras le bol était très fort. Qui plus est, les gens ne savaient pas pour qui voter. Donc nous en avons profité !

 


Vous pensez que si le vote blanc avait été reconnu ces dernières années, le score du FN aurait été le même ?

Stéphane Guyot : Je suis persuadé que le FN en particulier aurait énormément souffert si le vote blanc avait été reconnu. Je connais beaucoup de gens qui, lors du premier tour de la présidentielle, ont voté Marine Le Pen tout simplement pour exprimer un ras-le-bol, sans adhérer à son programme. Cela me révolte. Si on donne sa voix à quelqu'un, c'est que l'on souhaite le voir arriver le plus loin et le plus haut possible. Pas pour convaincre le président sortant que sa politique n'est plus crédible. Cela n'a aucun sens de faire ça. Et puis vous savez plusieurs études ont été faites sur le poids que pourrait avoir le vote blanc s'il était reconnu. Il montrait, par exemple, que le FN perdrait 12% si c'était le cas. C’est loin d’être anodin.

 

Imaginons qu'il soit accepté par le nouveau gouvernement. Comment se dérouleront les prochaines élections, en 2017 ?

Stéphane Guyot : Mieux, puisque tous les politiques auraient une vraie épée de Damoclès au-dessus de la tête. En clair, s’ils font trop de conneries pendant leur campagne ou n'arrivent pas à convaincre et bien ils ne seraient pas élus. C’est aussi simple que ça. Cela augmenterait également le nombre d'électeurs, vu que ceux qui dans le passé s'abstenaient par conviction pourraient exprimer leur voix au travers du vote blanc.

 

Et si ce n'est pas le cas ?
Stéphane Guyot : Déjà je me représenterai pour la prochaine présidentielle. Vous savez, nous n'avons aucune illusion. Cela fait près de 30 ans que régulièrement des textes de lois sont proposés au Sénat, au Parlement et à l'Assemblée mais personne n'ose les accepter. Je continuerai mon combat coûte que coûte parce que je pars du principe que si nous n'y arrivons pas, personne ne le pourra. Sinon, je viendrai voter avec une feuille blanche dans la poche que je découperai en 4 dans l'isoloir et j’en glisserai un morceau dans l'enveloppe. Souvent, il faut se débrouiller par soi-même pour se faire entendre...

 

Propos recueillis par Julien Bouisset.