Bonjour Christelle, j'ai lu que tu avais suivi des études d'histoire de l'art avant faire dans la photographie. C'était déjà là la passion photo,  ou ça t'est venu en cours de route ?

Christelle Geronimi : Mon grand-père était passionné d’images, il collectionnait boîtiers, cameras, et archivait minutieusement toutes ses photographies. J’ai fouillé très tôt, toute petite, et encore aujourd’hui. J’en ai conservé la pratique argentique, et l’attachement aux négatifs.

 

La plupart de tes séries sont accompagnées d'un petit texte ou d'une citation, sorte de légende, tu ressens le besoin de t'exprimer sur ton travail ? 

Mes photographies sont indisociables des mots. Les textes sont souvent existants avant même la composition. Je lis, recherche, et les images arrivent à ce moment là. Celui où les mots sont posés. Après commencent les repérages, il ne me reste plus qu’à ciseler le tout.

 

D'ailleurs, ces textes donnent un côté mystique aux photos, tu es du genre spiritualiste ? 

Il me semble que le mystère, la suggestion par la lumière, produisent une des émotions les plus fortes que l’esprit soit capable de ressentir.

 

Tes photos sont des découvertes de paysages, tu as dû pas mal marcher à travers la Corse, l'Allemagne ou encore Israël ! Quand on est photographe comme toi, on porte des chaussures de randonnée ?

Primordial. Sauf que je passe une grande partie du temps pieds nus… Et je le passe aussi souvent à sauter du train dès qu’un lieu suscite le ravissement.

 

La Corse apporte beaucoup de choses à ton travail ? Quoi de plus par rapport à un lieu similaire ?

Dans la série Souvenirs, je reviens sur ces paysages de mon enfance, cette relativité du temps humain face à celui de la nature. La Corse, je la photographie sans la magnifier, dans la banalité de ses lumières, dans le bruissement de ses montagnes. Le plus, c’est d’y avoir grandi, d’y avoir des ressentis, et aujourd’hui d’y vivre.

 

Quels sont les endroits qui te font rêver et que tu n'as pas encore pû  immortaliser ?

L’Antarctique, sa Terre Adélie, les îles Lofoten en Norvège. Le froid, la glace, le vent, l’extrême aridité.

 

Pourquoi préfères-tu les grands espaces aux scènes de vies ou portraits ? Quelle a été ton évolution ?

C’est que j’aime me perdre, errer, et faire de ces errances un espace de réflexion sur la composition de mes images, ce qui ne m’empêche pas d’intégrer des personnages. Dans la série Schlachtensee, les scènes de vies se confondent aux grands espaces, les deux ne sont pas incompatibles. Et les portraits, j’y arrive, c’est une approche peut être encore trop intime pour moi.

 

D'où vient ton inspiration ? Elle semble venir tout droit de la nature ou bien de pensées comme celles d'Edgar Poe.

Evidemment il y a ces modèles de Friederich, la lumière et les sujets fantastiques de Füssli, il y a les photographies de Mario Giacomelli, les livres de Cesare Pavese. Tant de choses… Et assurément une grande partie du temps à contempler ce qui m’entoure.

 

Arrives-tu aujourd'hui à vivre de ta pratique ?

Depuis peu, (et après dix ans), je commence à pouvoir en vivre, de façon très irrégulière, il faut lutter, mais je ne me pose pas de questions, c’est un état d’être.

 

Quels sont tes projets et envies pour les mois à venir ?

Une résidence pour cet été, une exposition en octobre, repartir en Israël, et aussi un travail de collaboration (Cocktail Editions) consistant à photographier des foulards au gré des vents et de mes voyages.

 

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