Comment l’idée de ce dernier clip avec Jackson vous est venue ? Et comment s'est faite votre collaboration avec Jackson ?

Jean-François Moriceau : C'est notre producteur Jules de Chateleux, chez Division, qui a fait le lien. Il savait qu'on était fans du premier album, et nous a mis sur le coup pour le prochain. L'idée du clip est arrivée très vite, je ne sais plus comment mais rien que le titre du morceau – G.I Jane – nous a stimulés : sans vraiment penser au film avec Demi Moore, on avait envie d'une guerrière, une tueuse. Le tout premier dessin était cette femme avec la faux dans un champ de bites. Jackson a adoré, il nous a parlé de sa vision du morceau, de ses envies dans le clip et on a développé ensuite un story-board.

 

 

Votre clip a été l’objet d’une petite polémique sur les internets. Vous en êtes contents ?

Ce n’était pas le but recherché, et je ne suis pas sûre qu'il y ait eu une polémique, si ? Evidemment, le clip peut un peu choquer, mais en 2013, il faut faire autre chose pour en provoquer une, genre un abattoir d'enfants… Mais il suffit de feuilleter de vieux Hara-Kiri pour comprendre que notre clip est light.

 

Par exemple, Stress de Justice a largement participé à la renommée mondiale de Gavras. C’est un parcours qui vous inspire quoi, d’ailleurs, celui de Romain Gavras ?

On ne connait pas beaucoup son travail, à part Stress et le clip avec les roux.

 

Où s'est faite la rencontre entre Mrzyk et Moriceau : dans la salle d'une école d'art un matin ou dans un bar tard le soir ?

Les deux ! On s'est rencontré dans une petite école d'art en Bretagne, on a abusé de toutes les spécialités de la région, et on ne s'est plus quitté depuis. En fait ; on s'est mis au dessin faute de moyens à la sortie de l'école. N'ayant pas d'argent, on a continué à travailler avec juste du papier et un crayon… et on y a pris goût

 

C’était quoi votre premier clip ?

Le tout premier n'était pas un clip, mais un petit film d'animation sans musique, Feeling, un truc fait au feeling, sans histoire, comme de l'écriture automatique. C'est Marc Tessier-Ducros, de Record Makers, qui nous a proposé d'en faire un en premier : après avoir vu Feeling, il nous a proposé de clipper Don't Be Light de Air. On était surexcités.

 

 

C’est un truc qui vous a plu tout de suite d’animer vos dessins ? Qu’est ce que ça vous apporte en plus du dessin non animé ?

Encore plus de plaisir.

 

Il y a des clips dessinés qui vous ont marqués ? Au hasard: One More Time des Daft, c’est un clip que vous aimez bien ?

Oui, bien-sûr, mais c'est plutôt des souvenir d'adolescence : le clip de A-Ha, Take On Me, m'avait fasciné, si si, ou le clip de Money for Nothing des Dire Straits. C'était l'un des premiers clips entièrement fait à l'ordi, c'était incroyable à l'époque - et tellement moche maintenant. Après, à l'époque, il y avait aussi La Planète Sauvage de Laloux et Topor, ou Les Maitres du temps de Laloux et Moebius.

 

Vos clips consistent en une succession de dessins qui s’enchainent à un rythme fou. Comment vous procédez concrètement ? Vous partez d’un premier dessin et vous laissez aller, ou vous avez déjà plusieurs idées dès le départ ?

Feeling a été fait comme ça, mais sur les suivants, un story-board est indispensable. Souvent, on va chercher dans notre stock de dessins, ces dessins vont en provoquer d'autres et l'histoire se monte au fur et à mesure. Mathematic Studio, une boite d'animation à Paris, nous aide ensuite à animer tout ça.

 

Il y a un beau plan sur un sexe féminin qui se transforme en une sorte de végétation dense abritant un couple. Est-ce que vous êtes des nostalgiques de l’époque hairy ?

Haha! Pas vraiment, je vois ce dessin de jungle-pubis comme un monde mystérieux, un lieu sauvage plein de surprise.

 

Pourquoi le sexe et le corps ont-t-ils tant d’importance dans vos dessins ?

Je ne sais pas, c'est plus excitant que de dessiner des meubles - quoi que, si on en dessinait, ils seraient sexys.

 

Comment vous décrieriez votre esthétique ?

Un commentaire sur G.I Jane disait qu'on pourrait être les enfants cachés de Rob Zombie et Lorena Bobbitt – la femme qui a coupé le pénis de son mari aux US – mais sur notre esthétique générale, je ne sais pas, c’est difficile à dire.

 

Vous avez travaillé pour les musiques de Tellier, Air, BreakbotKaterine, et maintenant Jackson. Ce sont des artistes que vous écoutez ?

Oui beaucoup, le Jackson tourne beaucoup en ce moment, c'est un millefeuille magnifique. On vient aussi d'en faire un pour les Midnights Juggernauts… uniquement avec des chats, ça pourrait vous plaire ! (ndlr : en effet, nous en avons fait notre clip de la semaine depuis).

 

Au fond, ces groupes se ressemblent un peu. On pourrait imaginer Mrzyk & Moriceau travailler sur le clip d’un truc rien à voir, par exemple Kaaris ou Bon Iver ou Céline Dion ?

Oui, on est très ouverts du moment que le morceau nous plait… donc Petra (Mrzyk ndlr) ne ferait pas Céline Dion, moi j'hésiterais, juste pour l'expérience : c'est tellement à l'opposé de nous.

 

C’est important pour vous d’aimer la musique qui accompagne votre clip ?

Il faut être sacrément maso pour accepter de réaliser un clip sur un morceau qui ne te plait pas... Je pourrais l'être.

 

Il y a des artistes/peintres/dessinateurs/sculpteurs qui vous inspirent particulièrement ?

Oui et non, on aime beaucoup les artistes de notre galerie Air de Paris : François Curlet, Rob Pruitt, Phillippe Parreno... Leurs boulots sont très stimulants. En ce moment, on aime bien aussi se replonger dans les magazines 70 et 80 genre Métal Hurlant, HaraKkiri ou le journal Interviews de Warhol

 

La lecture qui vient naturellement à l’esprit en regardant votre clip serait plutôt féministe. La femme, c’est l’avenir de l’homme ? Il y a un « message » derrière le clip, ou seule l’esthétisme compte ?

Aucun message là-dedans, ce n'est pas notre rôle, mais on ne veut pas non plus faire seulement de jolies images : c'est avant tout un défouloir, en réaction un peu à tout ces clips super-machos et débiles. C'était l'occasion de proposer autre chose.

 

 

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