Tes parents travaillaient-ils dans l'Art ?

Hollis Brown Thornton: Non, ma mère donne des cours à des aveugles et des mal-voyants dans une école publique et mon père possède une agence locale familiale d’assurances.

 

Avec quoi est-ce que tu gribouillais dans les marges de tes cahiers à l'école ?

Principalement des crayons de papier et des feutres.

 

Quand as-tu décidé de devenir artiste ?

C'était lors de ma troisième année à l'université. J'étais étudiant en business et prévoyais de travailler dans une agence d'assurances familiales, mais je n'avais ni les notes ni l'intérêt pour. J'ai décidé pendant les vacances de Thanksgiving de changer de trajectoire pour aller étudier l'Art.

 

Dans ton travail, on trouve des produits manufacturés de consommation courante telles des canettes de Pepsi et de Coca-Cola. Te considères-tu comme influencé par le travail d'Andy Warhol d'une certaine manière ?

Je pense que tous les artistes contemporains sont influencés par Warhol. Le Pop Art a élargi les barrières des Beaux-Arts, de la même manière que l'avaient fait Picasso ou le courant Dada avant. Les idées que véhiculaient le Pop Art sont maintenant étroitement enlacées avec notre vision de l'Art en général.

 

Bois-tu du Pepsi ou Coca-Cola ?

Yeah, mais je n'ai pas de préférence. Coca a toujours des campagnes de publicité incroyables.

 

Dans tes collages, tu fais un mashup d'objets technologiques rétros (VHS, consoles Atari etc), de papiers peints vintage et de photographies de famille jaunies où les visages sont effacés. Est-ce qu'on peut considérer que le thème principal de ton travail est la nostalgie ?

La mortalité est le thème principal de mon travail. J'ai fini par utiliser l'identité et l'évolution du monde digital afin de pouvoir l'aborder d'une façon indirecte. La pop culture me permet d'échapper aux aspects morbides et introspectifs associés à la mort. Nous faisons beaucoup de choses étranges, comme devenir nostalgiques ou créer des mythologies uniques, parce que nous savons qu'un jour nous allons mourir. Ça m'a toujours fasciné, alors ces thèmes sont la fondation de ce que je fais. Des médias comme les VHS ou les consoles Atari rappellent la nature temporelle des choses.

 

Alors que les VHS et les consoles Atari font partie de la mémoire collective, tu as choisi d'utiliser comme matière tes propres photographies de famille. Pourquoi ?

J'ai essayé de modifier ces images et de transformer les personnes en des types communs auxquels tous les hommes et toutes les femmes pourraient se référer. J'efface toujours les visages des personnages afin d'en faire les protagonistes d'une histoire. Les lignes sortant d'eux représentent d'une façon abstraite les bulles dans les bandes-dessinées. C'est leur façon d'interagir avec leur environnement alors qu'ils essaient de comprendre ce qui se passe autour d'eux. 

 

Quel est ton jeu vidéo préféré ?

J'adore les jeux vidéos. Voici mon top 10 : Fallout New Vegas, Majora's Mask, Ico, Red Dead Redemption, Beyond Good & Evil, Resident Evil 4, Legend of Zelda, Psychonauts, Bioshock, Skyrim.

 

Dans tes œuvres on peut voir des cassettes audio de Dr. Dre ou de REM. De quels musiciens étais-tu fan ?

Je n'ai jamais vraiment écouté de musique avant d'atteindre le 10ème grade (la 2ème année du lycée, ndlr). Losing My Religion était un single qui passait à la radio à l'époque et après l'avoir entendu et avoir vu le clip sur MTV, j'ai acheté tous les albums du groupe jamais parus en quelques mois. J'avais un lecteur CDs dans lequel on pouvait mettre 10 disques dans ma voiture et il n'y avait que des CDs de REM dedans.

 

Écoutes-tu aussi de la musique actuelle ?

J'aime la synth-wave. C'est vraiment la seule musique que j'écoute. Alpha Boy, Arcade High, Betamaxx, College, Electric Youth, Futurecop!, Kristine, Lazerhawk, Miami Nights 1984, Mitch Murder, 80s Stallone. Ce ne sont que des sons qu'on pourrait trouver dans la bande originale d'un film du début des années 80 ou dans un jeu vidéo 8-bit.

 

Quels sont tes artistes plasticiens préférés ?

Cy Twombly, Takashi Murakami, Peter Doig, Tom WesselmannJennifer Mehigan et Roberto Calbucci.

 

Est-ce que ces montages ne seraient pas aussi une façon d'aborder le thème de l'obsolescence technologique qui est de plus en plus rapide, un téléphone étant déjà dépassé deux après après sa sortie ? Je me disais qu'à la vitesse à laquelle la technologie progresse s'opposait la lenteur de l’œuvre plastique et qu'à la surconsommation s'opposait l'aspect DIY du collage.

J'utilise des objets technologiques pour mettre en exergue la nature temporaire de l'existence. C'est vraiment aussi simple que ça. J'aime répéter des schèmes ou une large collection d'objets pour chercher à saisir l'idée du sublime dans l'Art, comme de petits pixels, impliqués dans un scénario plus large, tel l'Infini. C'est la même idée que les étoiles dans le ciel la nuit. Combien y en a-t-il ? C'est impossible à compter. C'est la même chose pour les motifs de papier-peints. Quand est-ce que s'arrête le schéma ? Jamais. Combien de piles d'Atari et de VHS y a-t-il dans le monde ? C'est impossible à savoir.

 

Dans quelques années pourra-t-on voir des iPhones dans tes œuvres ?

Il faudra qu'ils soient remplacés par quelque chose d'autre. J'ai un iPod de la première génération, avec les boutons autour de la touche radiale : je suis sur qu'un jour je l'utiliserai. L'iPhone a remplacé l'iPod. Maintenant, l'iPod original a presque l'air d'une antiquité volumineuse. Peut-être que ce sera un jour le cas de l'iPhone.

 

Comme on l'a vu, le collage dans ton travail crée des décalages temporels. Penses-tu que cela puisse avoir un effet comique ?

Je pense que l'humour dans les Beaux-Arts n'est pas une bonne idée, alors je ne le ferais pas intentionnellement. Je pense que Norman Rockwell arrivait très bien à être drôle dans ses œuvres, mais il n'y a pas beaucoup d'autres exemples. Ceci dit, j'adore les comédies et j'ai l'habitude de regarder des films d'horreur de série B pendant que je travaille, alors peut-être qu'ils influent sur ce que je fais d'une manière inconsciente. Je peux comprendre que quelque chose comme des VHS mises côte-à-côte avec du papier-peint puisse paraître comique. Peut-être aussi que l'idée générale d'aborder des thèmes tels que la mortalité et les idées traditionnelles sur le sublime grâce au pop art et des photographies de famille est drôle en soi.

 

Tu utilises de la peinture acrylique et des marqueurs indélébiles. Peux-tu justifier le choix des médias que tu utilises ?

Je suis intéressé par le processus de création en lui-même, les étapes indispensables pour parvenir à un résultat, et je suis très méthodique quant à ça. Avec la peinture, ce que j'apprécie c'est la possibilité de contrôler les différentes couches et de faire des couches caches. Avec les marqueurs permanents, j'essaie de recréer aussi fidèlement que possible les images sur lesquelles je travaille avec un média plutôt imprécis, afin qu'il y ai toujours une tension dans le processus. J'essaie de faire une forme spécifique et complexe avec un média qui a tendance à déborder et à baver et qui ne pardonne absolument pas l'erreur. Je suppose que la peinture et les marqueurs permanents s'équilibrent l'un l'autre, la peinture me permettant beaucoup de contrôle et les marqueurs m'en laissant moins de beaucoup de manières.

 

J'ai vu une ancienne série à toi où tu représentait des paysages avec des espaces avec des montagnes pyramidales et un ciel étoilé. Qu'est-ce qui t'a inspiré ces paysages égyptiens-cosmiques ?

Mon inspiration était cette question simple : Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Qu'est-ce qui nous arrive quand on meurt ? Ce sont les fondations des systèmes de croyance qui se sont développés à travers l'Histoire. Pendant un temps, je voulais prendre différentes mythologies, comme les égyptiennes et les amérindiennes et les utiliser comme des fenêtres sur le monde. On en revient toujours à la connaissance de la mortalité. Est-ce que ces choses existeraient si l'on ne savait pas qu'on allait mourir ?

 

J'aimerais me visualiser ton plan de travail. Est-il en bordel ? Qu'est-ce qu'on y trouve ? Des VHS ? Une photographie de ta femme ? Ne t'inquiète pas, je ne suis pas en train de te draguer.

Voici:

 

Travailles-tu plutôt le matin ou le soir ? Sobre ou bourré ?

Le matin est le meilleur moment, mais en réalité je peux bien travailler à n'importe quel moment de la journée. Quant à boire, j'ai entendu que d'autres artistes étaient productifs quand ils étaient ivres, mais je suis si orienté sur le processus de création que ça ne m'aide pas du tout. Il y a 10 ans, je faisais des œuvres plus abstraites et expressives, ce qui se prêtait plus à la beuverie.

 

Penses-tu que l'Art soit utile ?

C'est utile pour moi. Comme tous les gens qui vivent dans leur monde, j'aimerais que ce que je fais soit utile à beaucoup de personnes, mais, en définitive, je travaille pour moi. Si cela peut servir à d'autres, ce serait fantastique et je serais sincèrement heureux qu'une connexion se soit créée. 

 

++ Le site et la page FaceBook de Hollis Brown Thornton