Quels sont vos pères spirituels dans la bande dessinée ?

Mandrill Johnson : Je vais commencer par l'auteur qui m'a donné envie de faire de la bande dessinée, c'est Johnny Ryan. C'est un auteur américain qui fait de la BD indépendante, des trucs assez trash et surtout vraiment, vraiment débiles. Thomas (Bathroom Quest, ndlr) m'avait offert ça pour mon anniversaire y a 6 ou 7 ans. Et puis il avait un blog super, Gad aussi...

Gad : Je suis un peu ta source d'inspiration, en fait.

M. J. : J'ai juste eu envie de faire comme eux, quoi. A l'époque j'étais en fac de médecine et je me faisais chier comme un rat mort...

 

Gad, tes héros ?

Gad : Dans la BD française il y a Winshluss et Goossens.

Bathroom Quest : ...et Bouzard !

 

On ne souffle pas !

Gad : Ouais, voilà. Et chez les Ricains – après, je m'intéresse à des truc pas forcément humoristiques, genre Eric Powell qui fait The Goon, et puis un scénariste irlandais qui s'appelle Garth Ennis. Tous ses scénarios sont géniaux. Et puis bien sûr, y a les Japonais... (sourire en coin, les autres pouffent)

M. J. : Désolé, mais Garth Ennis c'est nul. Désolé. Ok, il a fait certains très bons trucs, mais maintenant...

Gad : Bon, on n'est pas la pour tergiverser sur Ennis, hein.

B. Q. : Y a Robert Crumb aussi, faut le citer.

Gad : Je sais pas s'il faut le citer, est-ce qu'il nous influence vraiment ? C'est le papa et tout le monde l'admire, mais est-ce qu'il nous influence vraiment ?

M. J. : En fait moi j'ai une idole en bande dessinée, c'est Jodorowsky.

(éclat de rire général)

M. J. : Oui, ce que je fais n'a rien à voir avec Jodorowsky. Moi j'ai commencé à lire de la bd avec lui. Dans ma bibliothèque, il n'y a quasiment que ça, en fait.

 

Et ça te vient d'où, de tes parents ? Parce que c'est quand même un peu...

Gad : C'est has been, ouais !

B. Q. : T'es ringue, Mandrill ! T'es ringue !

M. J. : Je sais que c'est ringard mais moi j'adore. L'incal, c'est une des premières bandes dessinées qui m'a scotché, je devais avoir 9 ans...

Gad : Plus moyen de lire Boule et Bill après ça...

M. J. :  J'ai jamais lu Boule et Bill putain !

B. Q. : Y a Reiser aussi !

Gad : Non mais arrêtez les mecs !

B. Q. : Hernandez !

Gad : Il faut citer Fujisawa !

B. Q. : Hokusai ! William Blake !

Gad : C'est un poète ça !

 

Pas uniquement, il a aussi fait de la peinture.

B. Q. : C'est des peintures de ouf mon gars ! C'est lui qui a fait The Red Dragon ! ... Bon, je crois qu'il faut qu'on passe à la deuxième question.

 

 

Merci de me structurer un petit peu. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Comment est née cette incroyable communauté scato-intellectuelle ?

Gad : On est tous potes à la base. Thomas et Léo se connaissent depuis assez longtemps.

B. Q. : Oui, de l'Hippocampe. C'est une boîte à partouze à Saint-Maur-des-Fossés. Ville de banlieue parisienne, banlieue priviliégiée.

Gad : Jeunesse dorée...

M. J. : T'es con de dire ça !

B. Q. : Ben si. Si tu veux, il se passe tellement rien qu'il y a que deux solutions : la drogue, le skateboard...

Gad : Les jeux vidéo aussi.

 

Ou la musique électronique.

Gad : Ça c'est plutôt à Versailles. Bref, Thomas et moi, on s'est rencontrés à la fac d'arts plastiques à Paris VIII Saint-Denis. J'ai fait tomber mon plateau et tu m'as aidé à tout ramasser, tu te souviens (regard amoureux vers B. Q., ndlr) ? Et on a sympathisé parce qu'il avait un bouquin de Crumb et je lui ai demandé de me le prêter. Et là, ça a été le coup de foudre.

 

 

Et ça a commencé comment, Glory Owl ?

M. J. : Au début, j'étais tout seul. J'ai commencé en 2012. Je faisais des...

Gad : Tu faisais une scoliose !

M. J. : Ta gueule ! Je faisais des planches. Et puis j'ai réfléchi, et j'ai arrêté.

 

Et les autres sont venus se greffer là-dessus ?

M. J. : Oui, je leur ai proposé de me rejoindre. J'ai retiré toutes mes planches. J'ai réfléchi. Je voulais faire un truc...

Gad : Commercial !

M. J. : Non ! Pas commercial. Je voulais faire un truc qui fonctionne bien, quoi. Un truc où on publie souvent sur le blog, qu'il y ait une activité un peu constante. En fait j'aimais beaucoup Perry Bible Fellowship et je voulais faire un truc dans le même style, à la française.

Gad : Et on n'a jamais réussi à fait un seul truc aussi bien...

M. J. : Je voulais que chacun ait son style graphique, et que, même dans le style humoristique, ce soit très varié. Un truc qui soit très hétéroclite. Mais en fait, ça s'est pas du tout goupillé comme ça.

B. Q. : Au bout d'un certain moment, il y a un ton qui se dégage et que les gens attendent.

 

Mais vous ne vous sentez pas prisonniers de ce ton, du coup ?

M. J. : Non ça va, les possibilités thématiques sont infinies, en fait. Donc on se sent assez libres.

 

Oui, entre le viol, l'inceste, la pédophilie et les nazis, c'est vrai que la palette est large.

Gad : Ouais, tout ce qu'on aime, quoi !

 

 

Justement, je viens de lire dans un journal people allemand...

Gad : J'en suis friand aussi !

 

... que le thème de la légalisation des liaisons incestueuses entre frères et soeurs et en train d'être remis sur le tapis...

B. Q. : C'est les Boutin, non ?

 

Presque ; il s'agit d'un frère et une soeur qui ont quatre enfants ensemble, dont deux handicapés – donc il y a des discussions intenses visant à déterminer s'il faut leur retirer la garde des enfants ou non, et ça rouvre le débat sur la légalisation de l'inceste. Qu'en pensez-vous ?

B. Q. : Qu'est-ce qu'on peut avoir comme opinion là-dessus les gars ? Franchement, zéro opinion. On s'en bat les couilles.

M. J. : Nan mais c'est vrai, dans Glory Owl, y a pas d'opinions. Y a aucun engagement. On cherche pas à véhiculer des idées. Peut-être qu'on le fait malgré nous, mais franchement, je pense pas.

Gad : Mais les gars, elle nous tend juste la perche à une bonne vanne mais on arrive pas à trouver parce qu'on est fatigués et complètement bourrés !

M. J. : On cherche juste à faire rire, c'est tout.

Gad : Oui, mais surtout, on aime quand même bien toucher à tout ce qui est un peu tabou. Ça nous fait marrer. Et tout le monde n'utilise pas ce ressort-là. Pour revenir à ta question, un frère et une soeur qui ont une relation incestueuse, ça pourrait être Hänsel et Gretel, voilà.

M. J., B. Q. (en choeur) : Oooooooh la laaaa !

 

Ah enfin ! Après dix minutes de réflexion, voilà enfin la vanne tant attendue.

Gad : J'suis viré, c'est ça ?

B. Q. : T'es fini, mon gars, fini !

Gad : Mais ils cherchent un lupanar en fait, tous les deux !

 

Un lupanar en pain d'épice, ouais !

Gad : La "maison pleine de friandises", c'est une métaphore !

 

 

Est-ce que vous avez des tabous ?

Gad : Zéro tabou. On est des punks.

M. J. : On se limite quand même.

Gad : On se limite à tout ce qui pourrait nous attirer une fatwa.

B. Q. : On peut pas parler de la mère de Léo (Mandrill Johnson, ndlr) par exemple.

Gad : Ni de l'alcoolisme de Thomas.

 

On touche pas à la famille, en somme.

Gad : Nan mais si, si, on peut toucher à n'importe quoi. Le truc, c'est que plus le sujet est risqué, plus le gag doit être marrant.

M. J. : Tout est une question de dosage et en fait. On essaye de gérer le truc en réfléchissant à cinq. Quand tu proposes un gag aux autres et qu'il est trop trash, soit l'idée est avortée et on la met à la poubelle, soit on essaye de l'améliorer.

Gad : Si tu veux un exemple, y a les décapitations d'otages qui se passent en ce moment. Là, on tient un sujet potentiellement marrant, mais il faut bien le tourner parce que c'est super sensible et super choquant.

B. Q. : Par exemple, regarde le strip sur les gambas. Ou bien le strip du grand-père pédophile. C'est des strips qui touchent à des tabous et des choses qui sont politiquement incorrectes. Mais chaque fois, la personne qui est ridiculisée, c'est le pédophile, c'est le raciste. C'est ce qui nous permet d'en rire.

M. J. : Par exemple tous les gags qui touchent au racisme, finalement, si tu analyses le gag, ils se moquent du racisme. C'est pas raciste. Même si dans les commentaires, à chaque fois, on vient nous accuser de trucs invraisemblables.

 

Vous ne modérez jamais les commentaires ?

Gad : Bah non, c'est une liberté d'expression, c'est normal de la laisser à nos lecteurs.

M. J. : C'est pas juste de supprimer des commentaires, même s'ils sont inacceptables. On s'est dit : on joue le jeu.

B. Q. : Si vraiment ils nous font réagir, on répond.

Gad : On essaye de répondre le plus intelligemment possible, dans la mesure de ce qu'on est capables de faire.

B. Q. : De nos capacités intellectuelles.

Gad : Oui, c'est toujours Thomas qui répond, c'est le seul qui sait faire des phrases.

M. J. : On n'a jamais supprimé de commentaires. Même s'il y en a qui nous foutaient vraiment les boules.

B. Q. : Et ça arrive souvent !

Gad : Y en a vraiment qui sont teu-bés. Complètement teu-bés.

B. Q. : Tu as envie de t'arracher les cheveux.

 

 

Vous avez jamais eu de problèmes en dehors de ça ? Il n'y a jamais eu d'autres conséquences que des commentaires idiots ?

M. J. : Ça dépend sur quelle plateforme.

Gad : Sur Facebook, on est un peu surveillés.

M. J. : Oui, il y a eu deux strips supprimés, mais les règles de Facebook sont complètement aberrantes...

 

Ils ont été supprimés pour quelle raison ? Parce que si je me souviens bien, on ne voit jamais de bites dans vos dessins.

M. J. : C'était à cause de nudité. Alors qu'en fait les messages exprimés...

Gad : Bon, à chaque fois ça parlait de viol, donc soyez un peu lucides, les mecs...

M. J. : Oui, bon, on parlait de viol. Mais, par exemple, il y a eu des strips qui suscitaient beaucoup plus de réactions extrémistes et qui n'ont pas du tout été supprimés parce qu'il n'y avait pas de nudité. Donc, en fait, il y a des règles établies qui sont...

Gad : Pas de têtons !

 

 

Et quels sont les strips qui ont été censurés sur Facebook ?

B. Q. : Celui du clochard avec la journaliste.

M. J. : Oui, y avait une scène de levrette à la fin.

Gad : En dehors de ça, y a pas mal de gens qui se disent heurtés par nos strips, mais après, moi, ça me vexerait que tout le monde le prenne bien, je me dirais : j'ai mal fait mon taf. C'est mon adulescence à moi, c'est mon petit côté provoc'.

 

(Goupil Acnéique, père de Paf et Hencule, s'introduit dans la ronde)

 

Goupil Acnéique : Qui a des clopes ici ?

Elosterv : Mais ta gueule, ils sont en pleine interview, enculé !

G. A. (se saisit de l'enregistreur) : Bonsoir ! Ce soir, il se passe des choses intéressantes ! Je vois des sacs en tissu imprimé, je vois des paquets de cigarettes à moitié vides, la chose devient extrêmement précise, des regards, des regards, des capsules... Allez, continuez ! Continuez, faisez comme si de rien n'était.

M. J. : Putain, c'est pour un magazine sérieux, putain !

 

(Le chœur de filles mené par Elosterv entonne en chœur la chanson d'Ilona Un monde parfait en remplaçant le texte par les mots "un putain de viol")

 

 

Merci pour cet interlude, c'est le moment parfait pour aborder la dernière question : avec quel animal aimeriez-vous pratiquer la zoophilie ?

 

(les voix aigrelettes chantent à présent "un putain de viol" sur la mélodie de Vois sur ton chemin, puis de Joyeux anniversaire)

 

M. J. : Ben, le porc, évidemment.

Gad : Le tamanoir et sa langue visqueuse.

M. J. : Non, le porc ! Au niveau texture de peau, c'est celui qui ressemble le plus à l'humain.

Gad : Ça n'en fait pas un animal désigné de manière évidente pour...

M. J. : Ben si je devais enculer un animal, le plus proche de l'homme, c'est le porc.

Gad : Paraît que la chèvre, c'est pas mal, on m'a dit, il paraît.

 

(Quelqu'un à l'une des tables voisines crie : "Ça fait du bien ! Ça fait bander!" )

 

B. Q. : Là ça devient une question philosophique. Quel est l'intérêt de pratiquer la zoophilie si c'est pour jeter ton dévolu sur l'animal qui est le plus proche de l'humain ?

Gad : C'est vrai, t'as pas d'ambition, t'as pas vraiment envie de nouveauté, en fait. Non, en vrai, Mandrill, il aime beaucoup les singes.

 

Mais là aussi, on reste très proche de l'homme.

M. J. : Ça dépend ce que tu cherches, en fait. Si tu cherches un comportement, une sensualité, moi j'irais plus vers le chimpanzé alors. Après, si tu cherches une texture, le porc. Définitivement. Je pense que j'ai répondu clairement à ta question, je crois.

 

(Le chœur clôt l'entretien par "un putain de viol" sur la musique du générique de Fort Boyard)

 

 

Question subsidiaire posée un peu plus tard, autour d'une dernière pinte : 

 

S'il vous plaît... dessinez-moi une bite.

 

De haut en bas et de gauche à droite : Gad, Noël Rasendrason (contributeur occasionnel aux débuts de Glory Owl), Bathroom Quest, Mandrill Johnson.

 

 

++ L'album Glory Owl, sorti le 25 septembre aux éditions Même Pas Mal, est disponible ici.

++ Allez lire le blog sataniste de Bathroom Quest et les aventures d'Ultimex par Gad. Ce dernier a également fondé la revue Laudanum. Le quatrième auteur de Glory Owl, Megaboy, vit ici.