Avec son acolyte Xavier de Rosnay, Gaspard Augé (Gaspirator) porte la croix de la french touch à travers le monde. Mais en réalité, Justice est plus qu'un groupe de musique club au succès planétaire. Ce sont aussi des graphistes qui renouvellent le paysage imaginaire des beats électros, jusqu'alors laissé à Interstella 5555 des Daft. Avec Gaspirator, l'image parle à la musique et le miracle s'accomplit.

 

Comment es-tu arrivé à la technique de l'airbrush ?
Gaspirator :
En fait, je fais tout sur Illustrator, je suis bien trop maladroit et paresseux pour utiliser un aérographe et j'en avais marre de faire des trucs tout plats.

On sent une influence graphique de Yellow Submarine (Heinz Edelmann) dans tes premiers dessins. Es-tu d'accord ? Cet univers graphique était-il en rapport avec la musique que tu faisais alors ?
Gaspirator :
C'est un mélange de plein de trucs, essentiellement des pochettes de disques d'illustrations sonores (sound library) des années 70-80. J'ai acheté plus de vinyles plus pour leur pochette que pour la musique.

Il y a aussi un amour de l'esprit Los Angeles dans ton univers visuel... Je regarde ton illustration avec les rollers, on dirait qu'ils roulent sur Venice Beach… Qu'est-ce qui t'attire dans cette ville ?
Gaspirator :
En fait j'ai fait la façade des Galeries Lafayette sur le thème de L.A. alors que je n'y étais jamais allé. J'ai donc utilisé les codes et les clichés, tels que les néons, les flippers et les flamants roses, j'avais aussi fait des hot dogs et des donuts, mais ils trouvaient que c'était pas assez « femme moderne ». Après j'y suis allé et c'est assez fidèle au cliché.

J'aimerais que tu nous parles de ces lettrages chromés sur la pochette Fireworks Refired de Surkin par exemple. Ces lettres font penser à des lames de rasoir, comme celles du logo de Judas Priest.
Gaspirator :
Oui effectivement, je suis fan inconditionnel de Doug Johnson, qui a réalisé les pochettes de Screaming for Vengeance, Defenders of The Faith et Turbo.

Sur la nouvelle pochette du Next of Kin de Surkin, le chevalier, les épines rappellent à nouveau le cut visuel qui annonce le cut musical… ou est-ce une coincidence ?
Gaspirator :
Non en fait, c'était juste une sorte de motif rave un peu dégueulasse, après la trame rend le truc coherent. Le chevalier faisait sens avec les titres White Knight et Next of Kin (l'héritier). Je suis fasciné par la chevalerie.

A propos, peux-tu nous raconter comment est née cette collaboration avec Surkin ?
Gaspirator :
J'aime son approche wargames de la musique, le petit nerd qui fait ses trucs sous son lit superposé et qui fait danser des milliers de personnes avec… J'aime bien son côté enfant prodige, on dirait qu'il a douze ans.

Enfin, tu t'inspires beaucoup du Space Art, avec la relation homme/robot en clef de voûte. Un thème déjà abordé dans la musique électro, mais toi, de mon point de vue, tu l'abordes avec un côté « futuriste retro ». Coté rétro qui devient sexy, rutilant dans votre dernière vidéo Dvno. Quelle a été ta participation dans le choix des lettrages, des couleurs etc. ?
Gaspirator :
En fait pour Dvno, on voulait faire un truc beaucoup plus contemporain avec de la 3D moderne comme les trucs de CBNews américains actuels, mais on n'a pas pu s'empêcher de faire référence aux trucs 80's qui ont bercé notre enfance, c'était aussi plus pertinent de détourner des logos que les gens connaissaient.

Certaines de tes sources d'inspiration visuelles sont le cosmos, le dépassement de soi, la foi... es-tu d'accord ? Est-ce la même chose pour votre musique, que tu as une fois appellé « dark disco » ?
Gaspirator :
Ben en fait, j'ai l'impression qu'aujourd'hui tout le monde parle de disco, mais je n'entends pas le disco que j'aime chez tous ces groupes, pour moi le disco idéal c'est avant tout une synthèse de la musique classique et de l'électronique, je trouve surtout que beaucoup de ces nouveaux projets manquent de sens mélodique, écoute Onyx de Space Art, ou Space, Moroder ou Yellow Magic Orchestra, c'est avant des thèmes mélodiques super forts, et c'est pour moi le seul vecteur d'émotion.

Concernant Justice, comment arrives-tu (arrivez-vous) à simplifier votre image autour d'un symbole très simple (la croix) alors que vous auriez peut-être beaucoup à plus dessiner ?
Gaspirator :
Ça s'est imposé tout seul, depuis Waters of Nazareth, on a cette croix au milieu du nom, on a fait fabriquer la première croix en néon pour la release party en 2003, et on a enfoncé le clou pour l'album, on voulait faire un truc à la Dark Side of the Moon, sans nom de groupe ni titre. Visuellement, on est plus pour l'efficacité et la pertinence que pour le côté « joli » du graphisme, So-Me est parfait pour cela car il privilégie la force de l'idée ou du décalage à un truc « bien fait ».

Flash Interview :

Quels sont tes illustrateurs/graphistes préférés ?
Hajime Sorayama, Doug Johnson, Moebius, Guy Peellaert, Herb Lubalin, Jean-Philippe Ringard.

Qu'écoutes-tu en ce moment ?
Yellow Magic Orchestra, Electric Light Orchestra, 10cc.

Quel est le mec le plus cool de la galaxie ?
Rick Rubin.

Quel est le mec le plus étrange sur terre ?
Two Tom, le Japonais albinos du clip de Never be Alone.

A quand un nouveau tee Gaspirator ?
Je dois faire le dernier Surkin, et un nouveau chez Sixpack.

 

 

 

Par Alexandre Stipanovich.