Où as-tu grandi ?
KofieOne : Je suis né et j'ai grandi dans l'Ouest de Los Angeles. De la plage au centre industriel du Downtown, j'ai parcouru cette ville de fond en comble jusqu'au milieu des années 90. Depuis deux ans, j'habite à Boyle Heights, une petite banlieue à l'Est de la ville, où je partage un loft, dans un immeuble des années 20, avec un ami DJ.

À quand remonte ta passion pour l'art ?
KofieOne : Ma mère est une artiste, donc mes premiers dessins et gribouillages dans mes cahiers et livres d'école étaient non seulement acceptés, mais largement encouragés. Au collège, en 1988 pour être exact, j'ai découvert le graffiti par le biais de mes potes skateboarders. Vu que j'habitais juste à côté d'un vieux spot de graffiti, le 'Motor Yard', je pouvais admirer chaque jour de très belles pièces. Ce qui m'a séduit au départ dans cette forme artistique c'est les couleurs et le mystère qui s'en dégageait.

Quelles sont tes influences ?
KofieOne : La plus évidente est l'architecture, bien que je n'aie jamais étudié cette matière à l'école ni même souhaité le faire. Ma passion pour l'architecture réside dans ma fascination pour le processus de construction d'un immeuble. Je collectionne des esquisses, des plans, des équerres en T pour mon plaisir personnel. Et je suis par ailleurs ébloui par des artistes tels que Syd Mead, Piet Mondrian, Ed Moses, Roy LaGrone, Rauschenberg. Le Futurisme italien et l'Art Indien traditionnel du Nord-Ouest des Etats-Unis sont également deux mouvements artistiques qui m'inspirent tout particulièrement.

Comment décrirais-tu ton travail artistique ?
KofieOne : Je dirais que mon travail est un mélange polymorphe du passé et du présent, qui évolue constamment au contact des supports, des matériaux et de mon état d'esprit. J'adore les compositions mécaniques, les palettes de couleurs earth-tone et les structures organiques fragmentées. J'aime créer un univers stratifié et architecturé en dehors de la réalité, et jouer avec les formes circulaires en les étirant et les dilatant. J'aime que mon travail soit en mouvement. Je pense avoir ébauché cette esthétique en peignant des lettrages à la bombe, puis je l'ai développée en travaillant sur toiles.

Quels matériaux utilises-tu ?
KofieOne : Je suis très classique. Des Sharpies, des Tombows et des cahiers à spirales. J'ai une préférence pour les pinceaux Loew-Cornell, l'encre à l'eau et l'acrylique. Les rouleaux et les pinceaux éponge me sont également indispensables. Je produis principalement des oeuvres sur des supports en bois que je construis moi-même dans mon studio, j'aime la solidité de ce support et le fait qu'il se prête parfaitement à mes collages papier. De temps à autre, je me fais une petite mission nocturne pour aller peindre sur les murs d'immeubles à l'abandon, bien qu'ils deviennent de plus en plus rares à Los Angeles. Chaque week-end, je vais récupérer des papiers et emballages dans des vieilles maisons. Je conserve chez moi des cartons remplis de choses diverses, datant principalement des années 50, que j'incorpore dans mes travaux. Ma façon de procéder s'apparente en quelque sorte à ce que font Madlib ou DJ Shadow dans la musique : utiliser de vieux échantillons existants pour créer une oeuvre entièrement nouvelle. Inventer le futur en manipulant le passé.

Comment gagnes-tu ta vie ?
KofieOne : Je n'ai pas d'emploi stable. Je vis de contrats ponctuels. Occasionnellement, je travaille en freelance pour des sociétés si le boulot me plait et si le client est intéressant. Je participe de plus en plus à des expos, où je vends des oeuvres de temps à autre. Parfois, je suis invité à faire des performances en direct lors d'événements musicaux, dans des villes comme Tokyo ou Las Vegas. Une chose que j'adore tout particulièrement est de peindre des installations minimalistes dans des bureaux ou des appartements. Mais ma source principale de revenus reste le projet Draftsmen, une ligne de T-shirts pour hommes, sur lesquels sont imprimés mes dessins. Je l'ai montée en 2001, et elle est distribuée au Japon et aux Etats-Unis. Je suis actuellement à la recherche d'un distributeur pour lancer ma marque en Europe à l'automne prochain.

Quelles sont tes ambitions et tes motivations en tant qu'artiste ?
KofieOne : J'ai toujours été quelqu'un de très motivé. Je suis assez névrosé dès qu'il s'agit de mon art et de mes projets professionnels. Le sentiment d'avoir accompli quelque chose de bien et de nouveau est vraiment jouissif. Je pense que, inconsciemment, je cherche à forcer les gens à réfléchir à deux fois devant mon travail, à les surprendre en leur donnant à voir un univers qui ne s'apparente pas à ce qu'ils attendent d'un artiste ayant fait ses armes dans le graffiti. C'est important pour moi de contribuer à leur faire reconsidérer leur vision du street art et de l'art abstrait.

Selon toi, quelle est la ville la plus créative au monde en ce moment, en terme d'arts visuels ?
KofieOne : Le mouvement street art de Sao Paulo est depuis quelque temps absolument incroyable. Nunca, High Graff, Herbert Baglione, Zezao & Os Gemeos sont des artisans extrêmement talentueux. Et ce qui ajoute encore à la qualité de leur travail est leur capacité à jouer avec leur environnement et à s'en servir.

Quelle est la suite pour toi ?
KofieOne : Plus ou moins la même chose que ce que je fais aujourd'hui, c'est-à-dire réaliser des projets divers et à chaque fois plus réussis que les précédents. Et continuer à explorer les domaines artistiques qui me tiennent à coeur, que ce soit la musique, le graffiti, la peinture ou la photo. Tant que je crée quelque chose avec mes mains, je suis satisfait.

Un dernier mot ?
Je parle en mon seul nom.
Je ne représente ni ne soutiens la politique intérieure et extérieure de mon gouvernement.
Mon père est moitié Afro-Américain, moitié Indien Choctaw et ma mère a du sang allemand et écossais. Je suis un produit multiculturel qui produit de l'art multimédia.
Je respecte mes aînés, l'Histoire et le passé, même si ma culture a parfois été méprisée.
Je suis obstiné, j'ai la tête dure et je sais ce que je veux.
Je collectionne des vinyles et j'enregistre encore sur des K7.

 

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  • Propos recueillis par A.C