Présentation ?
Sozo : Je suis un pur produit SoCal (South Californie, ndr) : j'ai grandi en Californie et je vis actuellement à Los Angeles. Je passe mes journées à peindre, mais je complète mes revenus en travaillant trois fois par an pour une compagnie de jouets, au moment des salons. J'ai un tatouage sur chaque pied, sur l'un est écrit « dancin' », sur l'autre « shoes ».

Qu'est-ce qui a initié ton intérêt pour l'art ?
Sozo : Je pense que, comme tous les gamins, j'ai vécu mes premiers émois créatifs en peignant avec mes doigts et en remplissant des livres de coloriage. Étant un enfant unique, j'ai appris à tuer mon ennui en faisant marché mon imagination. Et elle est devenue ma meilleure amie. À l'école primaire, j'étais le gamin mal parti dans la vie qui dessine sur ses cahiers au lieu d'écouter la maîtresse. Au lycée, j'étais le mec à voir si tu avais besoin d'un flyer pourri pour ton groupe pourri et j'étais aussi celui qui faisait des BD foireuses sur des souris ninjas.

Quelles sont tes influences ?
Sozo : Elles vont d'Alphonso Mucha aux posters Fillmore des années 60, en passant par Crumb, Egon Schiele, Klimt, Ed ‘Big Daddy' Roth, Norman Rockwell, Michel-Ange, Léonard De Vinci, les posters de propagande communiste mais aussi nombre de mes contemporains comme Craola, Joe Ledbetter, Mark Dylan, Jeff Soto, Shepard Fairy et bien d'autres. Je dois également citer Bob Dylan, Radiohead, The Ramones, The Beatles, le hip hop new-yorkais underground. Disney. Les vieux dessins animés des années 30 et 40. Ma copine. Le gouvernement américain actuel pour sa corruption, ses mensonges et sa guerre absurde. La décadence urbaine. Le café. Les animaux au long cou.

Comment décrirais-tu ta recherche artistique ?
Sozo : Une part de moi est un punk crado qui insulte les flics quand ils le tabassent dans la rue et une autre part un romantique optimiste qui croyait John Lennon quand il disait « all we need is love ». J'essaie d'être aussi fort et rigoureux que possible. Être à la fois sombre et gai.

Tu es à la fois un artiste de studio et un street artist. Les sentiments que te procurent ces deux activités sont-ils comparables ?
Sozo : Leur finalité est la même : exprimer sa créativité et être vu. Mais elles font appel à des sentiments très différents. Peindre est un acte introverti, je m'enferme seul dans mon studio et j'exprime ce que j'ai au plus profond de moi. Par contre, lorsque je sors dans la rue pour coller mes posters, je vis une aventure et je ressens une sensation ludique immédiate. Los Angeles est une ville immense et donc un terrain de jeu gigantesque pour un street artist, mais il s'agit de bien choisir où poser pour être vu le plus possible et le plus longtemps possible. Les compagnies ont les moyens d'acheter des espaces publicitaires géants, nous on doit les voler. Je considère que je décore la ville, à ma petite échelle. Certains quartiers de L.A. sont de véritables galeries d'art à ciel ouvert.

Te considères-tu comme « un artiste urbain », si tant est que tu reconnais l'existence d'un « art urbain » ?
Sozo : Je ne suis pas certain que la définition de l'art urbain soit très universelle, dans le sens où personne ne s'accorde vraiment sur ce qu'elle englobe. Mais je suis par contre tout à fait d'accord pour affirmer qu'une nouvelle école artistique est en marche, et qu'elle a pour base les centres urbains. Ayant grandi dans une grande ville, je suis effectivement inspiré par l'univers urbain donc au final, oui, j'imagine que je suis un artiste urbain…

Quelles sont tes ambitions en tant qu'artiste ?
Sozo : Exploser. Je n'y suis pas encore, il me reste beaucoup de chemin à parcourir. Je voudrais juste devenir un peu plus étrange, un peu plus fou et mille fois meilleur. Accéder au statut de maître. Mais j'ai le temps, les grands artistes ont réalisé leurs plus grandes oeuvres d'art lorsqu'ils étaient vieux, or je n'ai que 25 ans. Mon rêve serait de faire partie de ce cercle d'artistes privilégiés qui ne font qu'une ou deux expositions par an et qui peuvent ainsi passer énormément de temps sur chaque peinture.

Penses-tu que la Côte Ouest est en train de devenir la nouvelle capitale mondiale de l'Art ?
Sozo : C'est clair qu'il s'y passe quelque chose. L'Europe regorge d'artistes talentueux, mais Los Angeles domine incontestablement le monde de l'art. Chaque week-end, il y a des douzaines de vernissages, de fêtes et d'événements underground artistiques incroyables. Et ils sont à chaque fois pleins à craquer. Du fait de la révolution digitale, les notions géographiques deviennent de plus en plus obsolètes, mais Los Angeles, et la Côte Ouest dans son ensemble, est effectivement en train de devenir la nouvelle capitale mondiale de l'art. Il fut un temps où c'était Venise, puis Paris, puis New York, désormais c'est au tour de L.A., et dans une moindre mesure San Francisco et Portland. On assiste à l'explosion d'un mouvement artistique moderne et jeune, qui se nourrit du pop art et de la rue. Nous sommes l'antithèse de l'école artistique new-yorkaise, toute cette merde académique post-moderne faite de peintures géantes et floues exposées sur des gigantesques murs blancs, auxquelles tu ne comprends absolument rien à moins d'avoir une thèse. Tout ça, c'était moderne il y a 30 ou 40 ans ! Notre génération a grandi à coups de dessins animés, de hip hop, de heavy metal, de graffiti, de jeux vidéos et, naturellement, notre art est à l'image de nos références.

Tu penses donc faire partie d'une scène artistique ?
Sozo : Absolument. Les artistes de L.A. ne sont pas tous très proches, ils sont bien trop nombreux pour ça, mais ils se connaissent tous et ils évoluent dans les mêmes cercles. Même lorsque je vais tout seul à un vernissage, je suis assuré de me sentir bien et de rencontrer du monde, la foule étant toujours vraiment cool et super amicale. Par ailleurs, je fais partie d'un collectif, The Six, qui regroupe six artistes : Downtimer, Joshua Clay, Josh Taylor, Blinky, Dan Fleres et moi-même.


++ www.zoso1.com

  • Propos recueillis par A.C