Peux-tu nous raconter brièvement comment ton parcours personnel t'a amené à t'intéresser au lowbrow art et à l’horror art?
Mia Mäkilä : Je suis née en 1979 à Norrkpping, sur la côte est de la Suède. J'ai eu une enfance merveilleuse, mes parents étaient heureux ensemble, notre vie était confortable. Je n'étais pas gâtée, mais nous n'avons jamais eu de problèmes d'argent. Je pense que mon enfance a été trop protégée, cela m'a rendu peureuse du monde extérieur. J'étais une enfant nerveuse, on se moquait de moi à l'école, je me sentais comme un alien la plupart du temps. Mais au fond de moi j'étais forte. Je peignais tout le temps. A 5 ans, j'ai annoncé à mes parents que je voulais être une artiste quand je serais grande. J'ai tout appris toute seule, j'ai travaillé énormément pour que mon rêve devienne réalité.
A 18 ans, je suis tombée amoureuse d'un homme qui est devenu plus tard mon mari. Cette relation a changé ma vie à jamais. Ce fut une relation destructive, cet homme était violent. Au bout de 5 ans, je l'ai finalement quitté et c'est là que j'ai réalisé l'enfer que j'avais vécu pendant toutes ces années. J'ai commencé à intégrer tout cela dans mon art. C'est à ce moment que mon travail est devenu sombre, expressif et, d’une façon, gothique. J'ai découvert les artistes européens du mouvement Lowbrow et je suis tombée amoureuse de ce genre, tout en ressentant une connexion très forte. Ou alors, la vérité est que l'art Lowbrow m'a trouvée... car c'est l'artiste allemand Heiko Muller qui m'a découverte sur Internet. Il m'a écrit un email pour me dire qu'il adorait mon travail et qu'il m'invitait à participer à l'exposition collective lowbrow "Don't Wake Daddy II" à Hamburg en 2007.

L'enfant est effectivement très présente dans ton art et il y a de nombreuses photos d'enfants sur ton blog. Doit-on y voir un lien avec ta propre enfance? Quelles étaient tes peurs d'enfance?

Mia Mäkilä : La thématique de l'enfance dans mon art est plus pour moi un moyen de trouver un équilibre parfait entre l'innocence et les éléments perturbants que je développe dans ma peinture. L'horreur n'est rien sans l'humour et l'humour n'est rien sans un côté sombre. Il s'agit de les mélanger. Mon enfance fut géniale, donc il n'y a rien de personnel. J'utilise les enfants et les poupées pour que les éléments dégueus et effrayants en deviennent encore plus absurdes et drôles. Plus dérangeants pour le spectateur.

Tu dis t'inspirer de David Lynch, Alfred Hitchcock, Tim Burton, Basquiat, Disney. Qu'en est-il de la mode?
Mia Mäkilä : Je suis trop pauvre pour m'intéresser à la mode! (Rires). Et puis je suis allergique aux tendances de la mode et aux "que faut-il porter?" "que faut-il ne pas porter". Je n'achète jamais de magazines de mode et très rarement de nouveaux habits. Par contre, ce qui me donne des idées c'est de voir de jolis vêtements dans des films. J'étais fan de Sex And The City et le stylisme dans cette série était incroyable. J'aime un bon mix entre des choses moches et des choses belles. Que ce soit dans la mode, l'art, la musique, les films et les gens. Je suis très peu inspirée par la perfection. La perfection m'ennuie.

Que penses-tu de ces artistes qui sont proches de ton univers comme Natalie Shau, Ray Caesar, Miss Van, Mark Ryden, the Chapman brothers, etc?
Mia Mäkilä : Je les aime tous! Mais tu as oublié de mentionner Gregory Jacobsen, Heiko Müller, Marco Wagner, Gary Baseman, Femke Hiemstra, Alex Gross et... il y a bien trop d'artistes géniaux!

Tu étais méchante avec tes animaux domestiques?
Mia Mäkilä : Je suis allergique aux animaux, mais j'étais plutôt méchante avec mes peluches.

Si tu devais choisir un film d'horreur, lequel serait-il? As-tu déjà pensé à en réaliser un?
Mia Mäkilä : J'ai adoré The Ring, El Orfanato et A Tale of Two Sisters. Je préfère les films de fantômes aux films de serial killers. Et je préfère l'horreur psychologique au sang et aux monstres. Les vieux films de zombie sont un peu cuculs mais Tim Burton a su faire un mélange parfait entre le côté cucul et l'humour, les éléments gothiques et le côté sombre. J'adorerais faire des films mais je n'ai encore jamais songé à en faire un.

Et faire des jouets tirés de tes personnages, tu y a pensé?
Mia Mäkilä : Oui.

Quels sont tes rêves préférés? Et tes pires cauchemars?
Mia Mäkilä : Chaque nuit, je fais généralement un rêve sexuel. C'est cool. Mais parfois, je fais des cauchemars où je fais caca sur scène en face d'un énorme public, je n'arrive pas à m'arrêter, le caca coule partout sur la scène et tout le monde me regarde. Je hais ce rêve. Il me hante.

Tes projets à venir?
Mia Mäkilä : En décembre, je participe à deux expositions collectives: "Don't Wake Daddy V" au Feinkust Krüger à Hamburg et "Subtleties of Character" à la WWA Gallery à Culver City, USA.  
 
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Anaïs Delcroix.