Mariel Clayton n’est ni cinglée, ni féministe. Elle n’a jamais regardé Dexter, elle ne hait pas profondément les hommes. Et elle s’épile, comme tout le monde. Rencontre.

 
Vous jouiez aux Barbies quand vous étiez enfant ? Vous leur arrachiez la tête aussi ?
Mariel Clayton: J’ai eu beaucoup de jouets – des Barbies aussi, mais ce sont surtout les accessoires qui m’amusaient. J’ai passé beaucoup de temps à créer des intérieurs pour mes poupées Barbies, j’arrangeais la cuisine, la salle à manger… Mais dès que j’avais fini de tout installer, ça m’ennuyait tellement que je virais tout. Je n’ai jamais vraiment joué avec la poupée elle-même !

Qu’est ce qui vous a amené à utiliser des Barbies dans vos photos ?
Mariel Clayton: Barbie est l’un des jouets cultes les plus emblématiques sur le marché. J’ai pensé que cela aurait plus d'impact d’utiliser la Barbie plutôt que n'importe quel autre jouet. De plus, elle a un vrai statut, les gens l'associent à certains caractères, et cela rend mes photos plus marrantes, à mon sens.
 
Pour vous, Barbie est une salope ?
Mariel Clayton: Non, je ne pense pas que ce soit une salope, je ne l’associe pas vraiment à quoi que ce soit de méchant ou d’inconsidéré. Je pense simplement que l’image qu’elle véhicule en tant que jouet est sans conséquence et insipide. C’est comme si elle n’avait aucune substance, qu’elle soit bonne ou mauvaise.
 
Vos “poupées” fument, collectionnent les sex toys, s'en sortent probablement mieux sans les hommes ... Est-ce la manière dont vous voyez la femme du XXIe siècle ? Ou est-ce en fait juste une représentation de vous et de vos amies ?
Mariel Clayton: Pas du tout, je ne pense pas que les vraies femmes se comportent ainsi, mais j’ai le sentiment que c'est la façon dont les médias “mainstream” et la télévision aiment à les dépeindre. Aujourd’hui, il y a tellement de séries télé, d'images qui montrent des femmes "casse c*******" et salopes, qu’aujourd’hui pour montrer que nous, femmes, on est libérées et indépendantes, on doit apparaître comme rudes et lascives à la fois. C'est surtout un moyen de tourner en dérision cette nouvelle idée de la "femme idéale" qui veut que les femmes se comportent d'une certaine façon au détriment des hommes. Ce n’est pas représentatif ni de moi-même, ni de quiconque de mon entourage.

Vous êtes une féministe ? Et si oui, vous êtes poilue ?
Mariel Clayton: Je ne considère pas que l’un et l’autre soient nécessairement liés. Je ne me considère absolument pas comme une féministe - je suis pour l'égalité. Je ne crois pas être particulièrement poilue non plus - je milite pour une coupe propre et nette à ce niveau-là, quoi que vous en pensiez !
 
Quand on regarde vos photos, on ne peut pas s’empêcher de penser à différents films ou livres... Qui / Qu’est-ce qui vous inspire de manière générale ?
Mariel Clayton: Mon travail est souvent comparé à des séries comme "Dexter" (que je n'ai jamais regardée) et quelques autres. Je ne peux pas dire que j’ai puisé une quelconque inspiration dans ces trucs-là. Ma principale source d'inspiration est un dessinateur de BD anglais, Carl Giles. Il travaillait sur des vignettes au format page, et chaque partie de la page était détaillée et pleine de vie. Il avait son thème principal, et puis ensuite des plus petites scènes marrantes dans des coins bizarres. C’est en pensant à ce travail que je remplis chaque image autant que je peux, afin que toutes les fois où le spectateur revient sur l'image, il y voit quelque chose de nouveau !
 
Comment arrivez-vous à ces mises en scène dans vos photos ? Est-ce que vous avez d’abord une idée générale et après seulement vous en venez à tous les détails, ou … ?
Mariel Clayton: J'ai généralement une idée, ou peut-être une petite image dans ma tête avec laquelle commencer, ensuite je construis la scène à partir de ça. Parfois, une image entière me vient à l'esprit et je n'ai pas du tout besoin de changer quoi que ce soit, mais c'est rare - en règle générale, ce sont des éléments éparpillés, et je travaille avec eux dans ma tête pour remplir l'image.

Dans votre série “Dolls”, vous mettez en scène des poupées Barbie psychotiques qui découpent, décapitent, tronçonnent les poupées Ken avec le même sourire sadique ... Vous avez des comptes à régler avec la gent masculine ?
Mariel Clayton: Pas du tout ! Personnellement, je pense que les hommes en général observent  actuellement un changement dans la manière dont ils sont dépeints et traités dans la société d’aujourd’hui. On les montre soit comme des Lothaire soit comme des bouffons, et la plupart du temps sous un jour très négatif. Comme je l'ai dit, je me considère davantage comme une “égalitaire” des deux sexes dans le sens où je ne crois pas au féminisme exacerbé, militant, mais où je pense réellement que les deux sexes peuvent être traités avec une dignité et un respect égaux. Je n'ai pas de comptes à régler avec la gent masculine, j'ai un problème avec les gens qui sont impolis, ignorants et intentionnellement méchants - quel que soit le type de sexe auquel ils appartiennent. 

Vous êtes vous-même un peu psychotique ?
Mariel Clayton: Non, je ne pense pas du tout être quelqu'un de psychotique - j'ai juste un sens de l'humour assez spécial.

Quels sentiments cherchez-vous à provoquer avec cette série ?
Mariel Clayton: Je veux juste que les gens réfléchissent - je ne cherche pas a provoquer une réaction spécifique, juste une réaction. Faire sourire, de préférence.
 
Quel est le sujet de votre prochain travail ?
Mariel Clayton: En ce moment, je travaille sur une série, "Lyrics", une interprétation de paroles de chansons. Ce n'est pas nécessairement une série macabre, juste un peu plus artistique avec une pointe de surréalisme. C'est censé être une sorte d'exploration de mots tirés de la musique. 
 
++ thephotographymarielclayton.com
 
 
Marie-Alix Autet.