Au tout départ, qu'est-ce qui t'a plongé dans le graffiti ?
Fuzi : Le fait d’habiter à 100 mètres d’un dépôt de trains, de voir qu’il était vivant et que participer à ce jeu m’ouvrait sur un nouveau monde.

Qu'est-ce que le graffiti a apporté à ta vie et est-ce ta passion pour le graffiti t'a pris des choses en échange ?
Fuzi : Le graffiti a, je pense, été un révélateur de ce que j’étais et /ou voulais être. J’ai pris cette voie car c'était celle qui correspondait à mon état d’esprit du moment et au milieu dans lequel j'évoluais. Comme dans tout choix de vie, tout n'est pas blanc ou noir, mais une multitude de nuances de gris, je n’en ai oublié aucune, même les plus sombres. Elles ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, humainement comme artistiquement.

Quels sont selon toi les plus grands graffeurs de tous les temps?
Fuzi : Je pense que chaque génération a ses idoles, ses références. Est-ce qu'elles sont justifiées, " les vrais / les faux ", tout ça est subjectif. Pour moi ce fut BLADE.

Par quoi était motivée la violence à l'époque d'UV ?
Fuzi : Par la liberté, l’émulation, la folie, la jeunesse, la passion, la bêtise.

Tu définis ton style comme Ignorant Style, quelle en est la définition?
Fuzi : Je définissais comme "ignorant style" mon style quand je peignais sur les trains et métros, il correspondait à un contre pied de ce que pouvait être la scène graffiti de l'époque. Bloqué dans des règles et un conformisme paradoxal dans un milieu censé être rebelle. J’avais une approche totalement libre, instinctive, proche de l'art brut (que je ne connaissais pas), avec de fortes influences du début du graffiti à NYC, aucunes contraintes techniques, la seule règle étant d’y mettre ton nom de façon illégale.

Si on décrit ton style comme vandale, tu trouves ça réducteur ou plutôt vrai?
Fuzi : Tu peux le lire de cette manière, et je ne trouverai pas ça faux, dans le "vandale" il y a cette notion de force, liberté, d’instinct que l'on peut ressentir dans mon travail.

Peut-on dire qu'au delà des crews, il n'y a qu' une seule famille de graffiti ou bien est ce que chaque style forme une famille à part ?
Fuzi : Est-ce qu’il y a une seule famille de peintres, de sculpteurs, d’écrivains, etc ? Non, chacun à ses sensibilités, ses références, ses buts à atteindre, ses styles mais on a tous un point commun, le besoin de créer. On se regroupe par affinités, intérêts comme tout groupe humain. Le milieu du graffiti n’est qu'un microcosme comme un autre, pas mieux, pas pire, qui reproduit les mêmes stéréotypes, conflits, jalousies que dans la "vraie vie".

Tag et fresque, tu fais une différence en terme de puissance et de message ?
Fuzi : Tout dépend de l'endroit et la façon dont c'est fait. La différence tient dans le fait que ce soit interdit ou non, tout l'intérêt ou non vient de la. Pas de la dimension de l'œuvre.

Est ce qu'il y a toujours un esprit contestataire dans le graffiti aujourd'hui ?
Fuzi : Quand tu prends un marqueur, une bombe, une pierre un tournevis ou quoi que se soit et que tu marques ton nom illégalement dans la ville sa reste contestataire, car illégal et contre... quelles que soient les modes. Dans ce sens, l'acte est contestataire.

Penses-tu que la prolifération du graffiti dans la pop culture soit positive ou négative pour ce mouvement ?
Fuzi : Tu ne peux stopper la marche en avant, chaque génération marche avec son temps, tu ne peux regretter le fait que les mecs ne taguent plus à la 15 mais à l'extincteur ! Que les mecs fassent des wholes trains à quai tous les jours, il y a des choses extraordinaires qui se passent, un vrai extrémisme qui est magnifique, un niveau quantitatif ou qualitatif pour certains qui est impressionnant et que l'on ne peut remettre en cause. Je pense que le point commun entre chaque générations, est l’acte de création illégale qui reste l'âme du graffiti, le truc qui fait que malgré la "récupération" pour vendre des jeans, des boissons ou des toiles, nul ne pourra jamais récupérer ça, ni le vendre.

Tu as déjà exposé tes peintures, est ce qu'une œuvre perd quelque chose en étant exposée ? Est ce que le graffiti a sa place en galerie d'art ?
Fuzi : Ce que j’expose n'est pas du graffiti, le graffiti d'après moi perd son appellation à partir du moment ou il devient autorisé. Ce que j'expose, ce sont des peintures qui sont le fruit de mon parcours artistique. Certains ont apprit à peindre aux beaux arts, ou ailleurs, moi j'ai appris en peignant sur des trains, ça se ressent mais ça ne se résume pas à ça. C'est beaucoup plus complexe. Je ne suis pas un "graffeur" à vie. Je suis un artiste. Et faire voir mes œuvres est un aboutissement. Quand je faisais du graffiti j’étais dans la confrontation, j’imposais mes œuvres à la population par la violence. Aujourd'hui la démarche est tout autre, les gens se déplacent pour voir mes œuvres, il y a un échange basé sur la reconnaissance de mon art, c’est nouveau et totalement différent, dans la façon de créer comme dans les moyens de le diffuser.

Aujourd'hui tu peins, tatoues et écris de la poésie, toutes ses activités trouvent-elles leurs sources dans le graffiti ?
Fuzi : Clairement oui, le graffiti c'est plus de 15 ans de ma vie, plus que simplement "en faire" c’était aussi une façon de vivre au quotidien. Sauvage, illégal, anti tout. Ca te marque irrémédiablement dans ta façon de penser ; mais je ne suis pas bloqué sur ça, c'est mon background, ce qui m'a construit mais ça n'est surtout pas "une prison". Je suis ouvert, et très curieux de tous les médiums permettant de développer mon univers.

En quelques mots, quelle est l'origine de ce livre que tu viens de sortir, et quelle est son ambition ?
Fuzi : C'est un focus photographique et littéraire sur une période de ma vie. Une façon différente de traiter le sujet "graffiti". Un témoignage personnel basé sur le ressentit plus que sur la performance égocentrique. Enfin concrètement un livre d'art traitant du vandalisme.

"Tu m'as trahi sale pute", "Mort aux Femmes Infidèles"... Aurais-tu un petit problème avec la gente féminine?
Fuzi : J'utilise la symbolique pour mes flash tattoo. J’y développe des thèmes universels, l'amour, la trahison, la mort, la violence en font partie. Tu t’es arrêtée sur ces deux là qui traitent de la trahison ou de l'infidélité mais j'en ai créé des milliers d'autres sur bien des sujets.

Certains définissent l'art par la beauté ou la technique, quelle est ta définition ?
Fuzi : Toute création qui t’émeut est de l'art.

On dirait que tu n'as jamais cherché aucune reconnaissance dans ce que tu as fait, est ce le cas ?
Fuzi : Ce n'est pas mon moteur, j'ai besoin de créer, ça m’est indispensable ; je ne peux passer une journée sans écrire, peindre, tatouer, dessiner, bref créer quelque chose. Dans ce sens peu m'importe que les gens aiment, j'ai une très forte foi en ce que je fais. Je n'ai jamais cru que la médiatisation était automatiquement liée à la qualité. Maintenant je ne vais pas me mentir, que les gens soient de plus en plus nombreux à apprécier mon travail, c'est valorisant et je crache pas dessus. Mais ce n'est pas le plus important.

Quels sentiments cherches-tu à provoquer chez l'autre par le biais de tes graffitis ou tes tatouages ?
Fuzi : Je ne cherche rien, je ne fais que m’exprimer, avec sincérité. Je pense que c’est-ce qui au final touche les gens.

Aujourd'hui tu as toujours la même violence à exprimer ?
Fuzi : Elle est en moi, comme pour tout être humain, mais elle s exprime de façon différente. Je pense qu'elle a joué un rôle important à chaque étape de ma vie, l'adolescence, le graffiti, la rue, la boxe. Aujourd’hui elle se ressent dans mes œuvres, mais elle est plus maîtrisée, je l'ai en partie domptée.

Le futur, que te réserve-t-il ?
Fuzi : Comme j'ai pu le dire plus haut, je créé tous les jours, avec sincérité et passion. Je continuerai à agir ainsi dans le futur, car c'est un besoin. Après la vie se chargera de me conduire là ou je dois aller...
 

++ fuziuvtpk.blogspot.com/
 

Propos recueillis par Celia Guizard.