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Une semaine plus tard, The Avengers, un autre groupe mythique du punk américain, se produit à Paris - et ce toujours à l’instigation du collectif Wall Street Destroy, qui s’est associé pour l’occasion avec les gens du bar La Cantada (rue Moret, Paris XIème), des punks de la première heure. Cette fois, le concert a lieu aux Combustibles, une jolie salle du XIIème qui me fait penser à une sorte de mini-Maroquinerie mais à la programmation musicale résolument punk. C’est la première fois que les Avengers se produisent à Paris. L’événement (à l’échelle à du microcosme) a attiré quelques pionniers du punk parisien comme : Tai-Luc, le chanteur de La Souris Déglinguée, qui avait vu les Avengers à San Francisco en 1978 (!) ; Marco, de Wunderbach ; Marsu, le manager des Bérus, et quelques autres qui se mêlent au public, une fois encore, résolument jeune. C'est donc maintenant au tour de Penelope, la chanteuse des Vengeurs, de répondre aux questions du magazine du cerveau.

 

 

PENELOPE HOUSTON, CHANTEUSE DES AVENGERS

Penelope et Tai-Luc

 

C’est la première fois que vous jouez à Paris. Comment se fait-il que vous ne veniez que maintenant ?

Penelope Houston : Nous avions réédité notre Pink Album et les gens n’arrêtaient pas de nous demander plus de musique. Aussi, en 1999, nous avons sorti une compilation Died for your Sins pour laquelle nous avons enregistré trois nouveaux morceaux. Nous nous sommes bien amusés en studio et nous avons décidé de donner des concerts. Nous avons alors été invités par les Damned et nous sommes allés jouer avec eux en Angleterre. Ensuite, nous avons été invités en Europe et, de fil en aiguille, nous avons été de plus en plus sollicités…

 

Qui écoutait du punk rock à San Francisco à la fin des années 70 ?

En majorité des jeunes, mais il y avait aussi quelques personnes plus âgées. 

 

Qu’est-ce que tu écoutais à cette époque ?

Quand j’avais seize ans, j’écoutais Patti Smith, les Rolling Stones, Roxy Music, des trucs comme ça.

 

Au début du groupe, tu étais encore lycéenne ?

J’étais dans une art school. Je me disais que je ferais quelque chose en rapport avec l’art et la culture, artiste ou musicienne, et j’espérais que ce que j’allais faire affecterait le monde d’une certaine manière. Quand on a fait le groupe, on a bien vu qu’on n’était pas dans un groupe qui se contentait de jouer du rock’n’roll dans un bar mais qu’on faisait quelque chose de spécifique.

En Amérique, je suis souvent invitée dans des musées ou des universités pour parler du punk comme mouvement culturel. Nous avons été invités pour jouer au MOCA (Museum of Contemporary Arts) de Los Angeles. Il y avait aussi X, c’était un gros concert (étonnant concert «punk» dont certaines places VIP étaient vendues 100 dollars, ndlr). J’ai aussi été invitée au MCA de Denver (un autre Museum of Contemporary Arts, ndlr) pour parler du punk avec un de leurs conservateurs. Ils avaient ressorti des illustrations que j’avais faites en 77, c’était plutôt marrant ! (rires)

 

Quel était l’état d’esprit du groupe à la fin des années 70 ? Vous imaginiez toujours jouer The American in Me trente cinq ans plus tard et devenir cultes ?

On se disait qu’on faisait quelque chose de différent, quelque chose qui allait changer les choses mais on ne se disait pas qu’on allait devenir des légendes ou qu’on jouerait à Paris en 2012 ! Mais nous sentions que nous étions en train d’abattre des murs qui devaient l’être…

 

Bon, la question obligatoire : comment était-ce de faire la première partie des Sex Pistols au Winterland Ballroom de San Francisco en 1978 ?

C’était effrayant ! Nous n’avions jamais joué devant un public aussi nombreux (5.400 personnes, ndlr) et ce n’était pas le public que l’on avait l’habitude de voir aux Mabuhay Gardens (célèbre club punk de San Francisco de l’époque, ndlr). Il y avait beaucoup de gens qui avaient seulement entendu parler du punk. Ils jetaient des choses sur la scène et crachaient dessus. C’était vraiment odieux. Avant nous, il y avait un premier groupe, The Nuns. Quand on est montés sur scène, tout était complètement couvert de mollards ! Les mecs jetaient tout ce qu’ils avaient sous la main : des chaussures, un appareil photo, n’importe quoi ! C’était trash et flippant ! Avant le concert des Sex Pistols, je suis allée retrouver des amis qui étaient dans les premiers rangs. Les gens étaient tellement serrés que j’ai tout de suite été couverte de sueur… Mais ce n’était pas ma sueur, c’était celle des autres ! Ensuite, quand le concert a commencé, j’ai été tellement comprimée que mes pieds ne touchaient plus le sol ! Des gens s’évanouissaient, c’était dingue ! En règle générale, nos concerts étaient énergiques mais celui-là était vraiment étrange…

 

 

Après le concert, il y a eu une fête ?

Oui, il y en a eu une. Je crois que Sid a fait une OD et qu’il a dû être emmené à Haight Ashbury Medical. C’était une grosse fête mais je n’y suis pas allé. Greg, mon guitariste, y est allé et a traîné avec Paul Cook et Steve Jones.

 

Steve Jones qui vous a produit ensuite…

On était managés par un Anglais, Rory Johnson. Il était associé avec Malcolm McLaren et était le tour manager des Sex Pistols. Quand les Pistols se sont séparés (à San Francisco, juste après le concert du Winterland, ndlr), Steve Jones cherchait un truc à faire et il a nous a produits. 

 

Comment était-ce de travailler avec lui ?

Il avait beaucoup d’idées sur la façon dont les guitares devaient sonner mais il n’en avait pas beaucoup sur le chant ! Le résultat de ces sessions figure sur le Pink Album.

 

Est-ce que tu te reconnais quand tu vois de jeunes punks d’aujourd’hui ?

Je pense qu’en gros, l’esprit est le même. Nous étions juste un groupe de jeunes qui voulaient démolir le modèle pour créer quelque chose de neuf. Je pense que c’est plus difficile maintenant… Nous voulions aussi remettre en cause les valeurs, quitte à déranger. A l’époque, beaucoup de gens étaient choqués quand ils croisaient quelqu’un avec des cheveux bleus. A cette époque, il n’y avait pas Internet, pas de college radios ; il n’y avait pas des millions de clubs ou de groupes… Au milieu des années 70, on avait presque l’impression que le monde était noir et blanc (cf. «Crève Salope» - notre interview d’Eric Débris de Métal Urbain). J’avais les cheveux bleus et cela choquait vraiment les gens. On aurait dit qu’ils voyaient quelque chose qui n’auraient pas dû être coloré !

Notre but, c’était de secouer les choses, de reprendre le rock’n’roll aux géants, aux gens qui partaient en tournée avec des semi-remorques bourrés de matériel, des bus entiers de roadies pour faire des concerts énormes ! Le monde a beaucoup changé : maintenant, vous pouvez mettre en ligne vos chansons en quelques minutes seulement alors que nous, nous n’avions même pas les moyens d’enregistrer un single, ce qui aurait constitué une sorte de prouesse. Et il n’y avait pas de labels… Je pense que c’est très difficile pour les gens qui n’ont pas connu cette époque d’imaginer tout ce dont nous manquions par rapport à aujourd’hui.

 

A la sortie des Combustibles, nous tombons sur Jano, (bon) guitariste de 27 ans qui officie dans Holy Holster, un des groupes de première partie de la soirée. Jano joue aussi dans trois autres groupes : les Phacos, The Panty Party et King Phantom. Ce garçon très occupé nous explique en quoi le punk rock a changé sa vie.

 

 

JANO, GUITARISTE DE HOLY HOLSTER

 

Comment es-tu tombé dans le punk rock ?

Jano : Au début, c’était par attrait musical et culturel, on va dire.  Ensuite j’ai eu des problèmes familiaux qui m’ont poussé à entrer dedans à 100%.

 

Tu veux bien nous en dire plus ?

Ma mère s’est suicidée quand j’étais ado et moi, à tort, j’ai mis ça sur le dos de mon père. Je suis parti de chez moi, en Normandie, à 17 ans. Je suis allé à Paris où je ne connaissais personne, où je n’avais aucune famille. J’ai vécu la zone pendant six ou sept ans tout en faisant de la musique à côté.

 

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le punk rock ?

Comme tous les gens de ma génération, quand j’avais douze, treize ans, j’ai eu ma période grunge. Mais j’ai eu besoin de quelque chose de plus pêchu, donc je me suis intéressé aux Sex Pistols et à d’autres groupes de ma génération comme Légitime Défonce ou Banlieue Rouge, c’est plus ou moins les grands classiques. C’est avec eux que j’ai commencé. Quand t’es en Normandie, il n’y a pas de magasins de disques, t’as donc pas le choix et tu prends ce que t’as sous la main… En fait, c’est en arrivant sur Paris que j’ai fait ma culture généraliste aussi bien que musicale.

 

Tu disais avoir «vécu la zone». Tu squattais ?

Oui, j’étais dans des squats ou chez des gens. Dans la rue, il y avait toujours un petit réseau de potes. Ce qui était sympa c’est que moi qui avais quitté un cercle familial parce qu’il me déplaisait à cette époque là, j’en ai trouvé un autre.

 

Pour beaucoup de gens, le punk, c’est le punk à chien. Il y a vraiment une césure entre le punk et le punk à chien ?

Je pense que la plupart des punks, surtout les gens de mon âge, ont tous des potes qui traînent avec des punks à chiens. En tout cas, je fais quand même la part des choses : pour certains, les punks à chiens sont des clochards à crêtes. C’est plus facile d’avoir une crête que d’être un clochard fini, mais il y en a qui sont pourtant de vrais punks, des rejets de la société qui se retrouvent à zoner avec un cabot. Aprè, le côté punk à chien c’est une mouvance assez moderne.

 

Et que penses-tu du punk FM genre Blink 182, Green Day ou The Offspring ?

Je les qualifierai plus de hardcore mélodique. Au début, ils étaient sur des labels indépendants ou des petits labels. Une porte s’est ouverte et ils ont foncé tête baissée, ce qui est très con parce que c’est le meilleur moyen de se faire avoir ! T’écoutes les premiers Offspring ou même le premier Blink, ça n’a rien à voir avec ce qu’ils ont fait après. Quand tu signes chez Sony, Universal ou je ne sais quel gros truc, on te demande de faire deux albums tous les six mois donc, forcément, tu vas au plus vendeur. En plus, t’as un directeur artistique qui va être derrière ton cul pour te dire ce que tu dois faire donc tu perds ta musique. Dès que tu passes sur une major, tu perds ta musique.

 

Comment décrirais-tu le milieu punk parisien à quelqu’un qui ne le connaît pas ?

C’est un milieu très ouvert tant que tu n’arrives pas en gros prétentieux du genre «moi, j’ai tout vu, tout connu». Si tu connais rien, dis-le tout de suite, tu te feras épauler, on n’est pas là pour casser les gens. Mais si t’es un gros con, on va vite s’en rendre compte et voilà.

 

Et sinon, que fais-tu en dehors du punk ?

J’ai récemment arrêté, mais avant, je travaillais dans le social. Après avoir fait le clampin, j’ai aidé des clampins ! 

 

Et tu te vois où dans dix ans ?

J’aimerais avoir mon propre bar.

 

Pour faire jouer des groupes punks ?

Pas forcément, parce que c’est compliqué sur Paris. Parce qu’avec un bar, je ne ferai chier personne, que personne ne me ferait chier et que j’aurai des disponibilités pour faire ma musique à côté.

 

 

Retour à la Miroiterie en novembre pour la Zombie Academy, douze heures de musique batcavo-punk orchestrées par, une fois de plus, les gens de Wall Street Destroy. On n’attend pas moins de 500 personnes pour une programmation internationale (groupes américains, belges, allemands et gaulois) construite autour des Californiens de Fangs on Fur. Rébecca, la programmatrice qui officie aussi comme DJette sous le nom de Joli Monstre, m’explique que le batcave vient du punk, clairement. On voulait donc détruire la frontière stupide qui s’est installée entre les deux et mixer les gens. Un inconnu qui passe derrière elle enfonce le clou : Il n’y a pas de différence à la base ! C’est les journalistes qui mettent des catégories ! L’heure n’étant pas à la glose, je me dirige vers le stand tenu par Antoine «Pygnouf», un habitué des lieux qui designe des objets «punks» et supervise le maquillage en zombies des membres du public.

 

 

ANTOINE "PYGNOUF", CREATEUR 

 

T’es créateur ? Artiste ?

Pygnouf : Artisan.

 

Qu’est-ce que tu fais exactement ?

Des colliers, des ceintures, des bracelets…

 

Et tu es branché punk depuis longtemps ?

J’ai commencé à l’âge de treize, quatorze ans, j’en ai trente-quatre.

 

Et qu’est-ce qui te plaît dedans ?

La musique, les potes, tout, quoi…

 

Tu vends tes créations en boutique ?

Je n’ai pas de boutique, alors je les vends dans des magasins ou je tiens des stands dans les concerts.

 

Tu es souvent à la Miroiterie. Comment décrirais-tu l’endroit à quelqu’un qui ne connaît pas ?

Venez tous avant que ça finisse !

 

Tu es looké comme un punk du début des années 80. C’est parce que tu aimes particulièrement cette période ?

J’écoute un peu de tout. Autant des trucs de 77 que de 82 et des trucs de maintenant. Le look ne veut rien dire, j’écoute vraiment de tout !  

 

Il y a beaucoup de spectateurs très, très jeunes dans les concerts punks de la Miroiterie. Tu confirmes qu’il y a une nouvelle génération de fans ?

Ce n’est pas étonnant. Des très jeunes, il y en a toujours eu.

 

Ils ont l’âge du public de Green Day…

Oui, mais les gens recherchent des trucs plus sincères. Ici, tu ne vas pas écouter Offspring, tu vas écouter autre chose. C’est plus authentique à la Miroiterie.

 

Donc la Miroiterie séduit par son authenticité.

Exactement ! Et si ça ferme, il faudra qu’on trouve un autre endroit pour faire la même chose en mieux !

 

Tu vis de la vente de tes objets ?

Pour l’instant non, je fais autre chose mais j’y pense très fort… Je suis balayeur, c’est autre chose?

 

On l’aura compris : comme tout squat, la Miroiterie vit sous l’épée de Damoclès d’une fermeture ordonnée par les pouvoir publics. Après quatorze ans d’activisme, la mauvaise nouvelle est tombée cet automne : les autorités ont décidé de fermer le lieu. Un dernier (?) sursis semble avoir été octroyé aux squatteurs qui peuvent continuer leurs activités jusqu’à la fin de la trêve hivernale. Michel Ktu, un des principaux animateurs du lieu, fait le point.

 

 

MICHEL KTU, ANIMATEUR DE LA MIROITERIE

 

Quel est ton rôle à la Miroiterie ?

Michel Ktu : Je suis là depuis l’ouverture, il y a bientôt quatorze ans mine de rien ! Je fais partie des trois personnes qui ont ouvert l’endroit. Je l’ai ouvert parce que je venais d’autres lieux autonomes et indépendants et, comme je m’étais fait virer de mon dernier lieu, on a ouvert ici. Comme je suis artiste-peintre, j’ai besoin d’un espace vital de travail, voilà.

 

On entend régulièrement dire que la Miroiterie va fermer mais là, ça a l’air d’être acté.

Un promoteur a acheté l’endroit depuis bientôt quatre ans. Nous ne sommes donc en procès que depuis quatre ans... au cours desquels on a eu trente-deux procès !

 

Les dix premières années, il n’y avait pas de problèmes de ce côté-là ?

Avant, il y avait quarante-quatre propriétaires. Les uns ne pouvaient rien faire sans les autres. Beaucoup avaient disparu… Le fameux promoteur qui lorgne la Miroiterie est un expert en squats d’artistes. Il attend qu’un squat ouvre, fasse ses preuves, des expos, tout ça, puis il attend que la spéculation fasse son œuvre. Le temps avançant, les bobos arrivant de la rue Oberkampf vers les hauteurs de Ménilmontant, les prix augmentent… On était les premiers à faire des concerts ici, dès le départ. La Maroquinerie commençait à peine à exister, la Bellevilloise n'était pas là, le Café des Sports non plus, le Studio de l’Ermitage non plus ! Maintenant, c’est un quartier qui vit, qui bouge mais au début c’était un quartier où il n’y avait rien du tout !

 

Tu viens de quel coin ?

Je suis un gars du quartier. 

 

Avez-vous des relations avec la mairie de votre arrondissement ?

On a très peu de relations avec la mairie du XXème (une mairie PS, ndlr), ils ne nous aiment pas. Faut dire qu’on fait un peu leur travail depuis quatorze ans alors qu’on n’a pas d’argent. La Miroiterie est un lieu de vie qui attire des gens de tous les horizons. Près de mille personnes, peut-être même plus, y ont séjourné de près ou de loin. C’est un lieu de passage international. Ce lieu a fait revivre un petit quartier. Après, les promoteurs en profitent et les habitués se font virer. Comme les prix augmentent, le quartier se boboïse et, nous, on commence à faire un peu tâche. Le promoteur a fait appel à une société spécialisée dans la recherche de propriétaires disparus. Ils ont mis presque quatre ans à tous les retrouver. Et ces gens étaient trop heureux de se débarrasser de leurs parcelles. Je pense qu’il a dû acheter toute la Miroiterie, c’est à dire les sept bâtiments plus les jardins, pour le prix d’un beau 2-pièces ! (on parle de 500.000 euros, ndlr)

 

Mais la mairie n’a aucun contact avec vous ?

On a essayé, mais ils ne se sont jamais déplacés ! Quand je lis des reportages comme celui paru dans L’Express sur le XXe arrondissement, «quartier artistique et rebelle»,  et que la maire dit dans ce même article qu’elle veut en faire «le quartier artistique dont Paris a besoin», et qu’elle compte ouvrir «des lieux qui appartiendront à la mairie pour les artistes de passage», alors qu’elle ne s’est  jamais déplacée ici et qu’elle ne nous a jamais proposé quoique ce soit… Ici, on est l’endroit où il y a le plus d’artistes réunis, de concerts, de cirque, de danse, de tout et ils le savent. Ces gens-là ne sont que des élus, ils ne font que de la politique et ils ne servent à rien ! Vive la Commune ! Vive l’anarchie ! Il faut être autonome et faire les choses soi-même ! On ne leur a jamais rien demandé, ni à l’état, ni à la région et on restera autonomes jusqu’au bout !

Un an après l’ouverture de la Miroiterie, c’était l’année des élections quand Delanoë a balancé Tibéri… Une semaine avant les élections, il a organisé un grand rendez-vous au Cabaret Sauvage sur la culture à Paris. Le but était d’expliquer ce qu’il ferait s’il était élu. On a vu un type de son équipe ou du PS se pointer. Il nous a invités à faire une performance au Cabaret. On a fait une fresque devant toute la gauche-caviar (accent parisien à couper au couteau : « caviaaaar », ndlr), la totale, une grande toile sur la Commune de Paris avec la Miroiterie en grand, faisons-nous de la pub, allons-y gaiement. J’ai pris le micro et j’ai parlé ½ heure. Ca ils l’ont oublié.

 

Au fait, comment t’es-tu retrouvé dans le milieu autonome ?

J’ai baigné là-dedans très tôt grâce à mes deux grandes sœurs. J’ai entendu les premiers trucs tout petit, le punk, tout ça. Mais, ici, je fais des concerts totalement divers et le public n’est donc jamais le même, c’est intéressant.

 

Ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y a quasiment jamais de service d’ordre ?

Il n’y a pas de service d’ordre et il n’y a pas d’embrouilles. Quand tu mets des gros monstres à l’entrée qui parlent mal et qui trient en fonction de la tête du client, hé bien ça n’empêche pas qu’il y ait des bastons, comme dans certains lieux du quartier.

 

Donc la Miroiterie prouve qu’un lieu autogéré peut réussir.

Ben oui ! On le sait très bien ! Un lieu comme une ville, un département, une région, un pays…

 

A la surprise générale, vous n’avez pas été expulsés à la fin de l’année dernière.

On était censés être virés. On a reçu la fameuse lettre d’expulsion de la part du juge qui en a un peu marre de cette affaire, j’imagine que la partie adverse aussi, ils aimeraient bien récupérer leur bien. Le dernier jugement date de début septembre, on a tous reçu la lettre. Nous sommes une vingtaine, je crois, à être assignés. Ils n’assignent pas un collectif, ils nous assignent en nom propre ! La juge d’application des peines a demandé que nous soyons virés. Elle a appelé le commissaire d’arrondissement et le préfet de police qui doit donner les ordres pour l’évacuation d’un squat. 

Ces derniers temps, dans le quartier de la rue des Pyrénées, ils ont dû en fermer cinq, six voire une dizaine avec des familles dedans… Mais le commissaire et le préfet de police ont décidé d’un commun accord de nous laisser l’hiver. Ils sont pas cons : le promoteur n’a aucun projet immobilier pour la Miroiterie. Il enverra les bulldozers pour casser les toits et éviter que ça soit resquatté, mais ça deviendra un lieu ingérable au niveau de la surveillance policière, sauf en infiltrant un type, et n’importe qui peut venir ici, des dealers, etc. Donc ils préfèrent qu’on y soit. On verra bien au mois de mars !

 

On parle de l’ouverture d’un autre lieu en proche banlieue, non ?

Ça ne me concerne pas, je n’irai pas. Il y a effectivement une préparation d’ouverture mais je resterai dans le quartier. Je resterai entre Ménilmontant et Belleville, l’ancien lieu des squats anarcho-punks. Depuis la Commune de Paris, le quartier a toujours été comme ça, il est hors de question que j’aille en banlieue !

 

La Miroiterie, un lieu voué à disparaître :

 

Bonus : le blouson Lovecraft d'un Musicien allemand de la Zombie Academy :

 

 

Textes et photos : Olivier Richard // Visuel de Une : Scae.