Un hommage nostalgique, et cynique ?

 

Parmi les milliers de Tribute Bands recensés aux quatre coins du monde, celui qui fit figure de pierre angulaire est, bien évidemment, consacré aux Beatles et se nomme The Bootleg Beatles. Ces fans des Fab Four ont eu l'audace de créer le Tribute Band en mars 1980, avant même la mort de John Lennon, survenue neuf mois plus tard. Depuis ils en sont à plus de 4000 représentations, dont le jubilé de la reine en 2002,  et ils se produiront même à Glastonbury cette année. L'ironie du sort est telle que leur durée de vie est plus longue que celle des Beatles. 

 

L'un des plus plus gros Tribute Band actuels vient tout droit d'Australie, qui n'est pas que le lieu de naissance de Tina Arena et de Natalie Imbruglia, mais aussi une nation esseulée qui n'a pas toujours eu accès aux groupes de rock. Pour nourrir leurs envies et leurs imaginations, les Australiens se sont donc spécialisés dans le Tribute Band. The Australian Pink Floyd, est en effet un Tribute Band de prestige qui, comme son nom l'indique, est totalement dévoué à Pink Floyd. La formation sait recevoir et est dotée d’un matos "son et lumière " des plus impressionnants qui sait ravir les foules. Leur show est si époustouflant que le groupe a à son palmarès plus de trois millions de spectateurs à travers 35 pays et se produira même au Zenith de Paris en février 2014.  Pour la petite histoire, derrière The Australian Pink Floyd, on retrouve Neil Warnock, qui fut l’agent de Pink Floyd et de David Gilmour. Sachant que chaque prestation en public génère des droits d’auteurs très conséquents pour les groupes originels, on se dit que les Floyd peuvent se payer à l’aise des acides sur quinze générations.

 

Quant au Tribute Band de Queen, Killer Queen, il fut monté par l’assistant personnel de Freddie Mercury…

 

La Cour des miracles :

 

 

Derrière la noble intention de l’hommage se cache aussi la possibilité de laisser libre cours à ses envies les plus folles et à de nombreux dégénérés de laisser éclore leurs talents en tous genres. Et parmi ceux-ci il y a un groupe qui se distingue très nettement de ses congénères, il s’agit des Mini Kiss, un groupe dédié à Kiss, et exclusivement composé de nains. La passion nanisme étant très forte chez Brain, nous nous devions de nous entretenir avec les mini-membres.

 

 

Mais malgré plusieurs échanges de mails avec Louis Fatale, leur manager, et sa promesse d’une interview avec le leader, Mini Gene, le remplaçant du membre fondateur décédé en 2011, nous ne sommes malheureusement pas parvenus à nos fins. Malgré la déception de notre rendez-vous manqué, on ne peut qu’admettre que le groupe est une référence dans le milieu. Il tourne d’ailleurs depuis le milieu des années 90, et a déjà partagé des scènes avec A perfect Circle et Blue Oyster Cult, deux formations qui  aiment faire du bruit et qui partagent manifestement un goût prononcé pour les noms de groupes ridicules.Bien qu’ils comptent des fans par milliers, la consécration ultime pour les Mini Kiss a eu lieu en 2010 lorsqu’ils partagèrent la vedette avec les « vrais » Kiss dans une pub pour Dr Pepper.

 

Le groupe Gabba, se distingue également par son envie fantasque de mêler deux univers qui n’ont à priori rien en commun : Abba et les Ramones (le Gabba est une référence au fameux « Gabba Gabba hey » des Ramones). Le répertoire du groupe est donc constitué d’un mégamix  improbable qu’ils aiment à qualifier de « discopunk » avec des chansons qui sont renommées Surfing Queen ou  encore The Pinhead Takes it All.

 

Quid de la France ?

 

En Gaule, l’aspect Tribute est bien moins important, et professionalisé, que dans les pays anglo-saxons, ce qui s’explique notamment de façon culturelle : on n’est moins à même de faire un Tribute Band de Gilbert Bécaud que de Deep Purple.

 

Pour autant, des centaines de Tribute Band sont en activité aux quatre coins de la France et propose une offre bigarrée qui va de la variété française aux groupes de rock traditionnels. Après plusieurs appels manqués du fait qu’il était en « presta » nous avons pu mettre la main sur Alain, fondateur de Goldmen, un Tribute Band consacré à Jean-Jacques Goldman, aka JJG. Pour Alain, un intermittent du spectacle qui présente des traits similaires à son idole, Goldman est une valeur sûre qui sait toucher les foules. «  J’avais déjà un Tribute Band de Police, qui tournait plutôt bien, grâce à leur reformation en 2007, mais j’avais envie de changer. J’ai demandé conseil à un ami et il m’a dit « Goldman !  Il y a quand même quatre ou cinq groupes qui reprennent du Goldman en France, notamment En attendant Goldman mais chacun a son style, certains sont plus orchestre , certains reprennent toute son œuvre, notamment ce qu’il a écrit pour Celine Dion. Il y a de la place pour tout le monde . »

 

 

Pour lui, comme pour tous ses concurrents / collègues, c’est la simplicité de l’homme qui fait son succès « J’aime son authenticité, sa simplicité, c ‘est l’exemple même de ce que devrait être un homme. Il n’a jamais voulu la célébrité, d’ailleurs il l’a fuit. J’ai des potes qui l’ont rencontré, et il est très accessible par rapport a ce qu’on pourrait croire. Il est tellement accessible que personne ne l’embête. » Pour Alain c’est sans appel : la chanson qui marche le mieux est La vie par procuration. « Notre public est majoritairement constitué de femmes, ça leur parle. »

 

 

L’idée de faire un Tribute Band à Goldman est si bonne qu’elle était même partagée par Eric alias Kiki Washy qui officie en tant que bassiste au sein de FMT (French Muse Tribute). « C’est bien ce qu’ils font Goldmen. Je les connais, on a eu le même tourneur à un moment. C’est  vraiment bien ce qu’ils font. En fait, moi j’adore Goldman. Il y a deux ans il y a avait deux solutions avec mon groupe : on reprenait Muse ou on faisait autre chose. Mais je pensais qu’il y avait un creneau à prendre, celui du mec qui remplit des salles mais qui est  absent médiatiquement en France : Jean Jacques Goldman ! Mais mes potes étaient pas portés sur la variété française. »

 

Mais le Tribute Band qui a le plus bluffé Eric reste sans aucun doute The Rabeats, LA référence dans le domaine,  dédié aux Beatles, obviously. Et si le groupe truste le marché des fans des garçons de Liverpool, cela n’a pas pour autant découragé AfterBeat, un Tribute Band français, qui s’est tout de même produit à L’Olympia en passant par la mythique Cavern de Liverpool.

 

 

Pour eux c’est clair « Nos seuls concurrents sont les Beatles ». Ils incarnent ainsi une version plus « professionnelle » du Tribute en France, qui commence d’ailleurs à se développer sous la houlette du producteur Richard Walter, qui s’occupe notamment de Patricia Kaas et d’Arno, et qui s’est peu à peu spécialisé dans le domaine. Entre la fin de l’année et 2014 nous aurons ainsi la possibilité de voir des concerts hommage à Nirvana (Tori Amos n’appelait-elle pas Courtney Love la Professional Widow ?), The Doors et Queen. Show must go on, comme disait l’autre.

 

Sarah Dahan.