L’évenement Facebook annonce : "A ne manquer sous aucun prétexte ! (Sauf si vous avez une LAN / un marathon Battlestar Galactica ou un rencard avec Nathan Fillion)".
 
Alors oui, forcément, au départ on se dit que, ignorant que l'on est, nouer le dialogue va être compliqué. Pourtant, à l’entrée de l'établissement et découvrant notre appareil photo, une ravissante demoiselle sans costume vient discuter avec nous de l'actualité du moment. Derrière elle, des zombies se prennent en photo, devant nous des princesses terminent de faire leurs nattes. Tout va bien, nous sommes juste dans une faille temporelle. 
 
A nos côtés, un beau spécimen est en train de se changer : 
- J'ai pas apporté le costume de la semaine prochaine. 
 
On répond gentiment à cette phrase qui n'était destinée à personne. 
- Oui, il vaut mieux sinon ça ne serait plus le costume de la semaine prochaine. 
- Je me le réserve pour la Japan Expo. 
 
Tout le monde croit connaître le geek, cette espèce de petite musaraigne timide et sans look qui parle un peu tout seul. Et pourtant, le geek, le vrai, ce n’est pas ça. 
 
- On peut donner les éléments de la culture geek, mais on ne peut pas le définir. Définissez-moi un cinéphile par exemple.
 
Max, qui organise la soirée, porte une blouse blanche et un gourdin à grelots, on peut donc lui faire confiance. Et il a raison, un geek, ce n'est pas une personne-type, plusieurs courants culturelles sont réunis sous une bannière geek commune. Et ce n'est pas Beetlejuice discutant avec Terminator sous le regard d'une vampire qui pourront nous contredire. 
 
On descend les marches. A l'entrée on nous propose un cupcake. On discute avec un Hypnotiseur du crâne D'Hamlet pour en arriver à la controverse de Valladolid. 
 
MagoYond, le groupe qui va jouer toute la soirée, commence avec La Marche Impériale de Star Wars. Le chanteur balance : 
 
- A vous. 
 
On imagine mal le compositeur John Williams lâcher ça en pleine symphonie, mais là, ça passe. Tout le monde reprend en "Na na na nanana".
 
Du côté du bar, on discute breuvages : 
- Le poison, il n'y a que ça de vrai, un bon jus de muguet naturel, 100% bio, ça c'est efficace.
 
Certains sont venus avec leurs propres verres, chopines, cornes de boeuf… Un pirate nous explique : 
- La piraterie, c'est avant tout du style. 
 
Plus loin les princesses, comme dans n'importe quelle soirée, se regardent avec le sourire tout en pensant le contraire. On danse sur la musique de Tetris version ska. Les Deviant Sisters envoient une prestation de danse improvisée. 
 
- Je ne suis pas Ariel, je suis Poison Ivy et ceux qui n'ont pas les références DC Comics, je les emmerde. 
 
Ca c'est dit. L'ambiance est agréable, tout le monde discute. C'est un peu la première fois que toutes ces micro-communautés se retrouvent. La soirée est une réussite, on se sent à l'aise, même si voir un type des forces spéciales chanter Hakuna Matata à tue-tête fait un peu bizarre quand même. 
 
- Est-ce qu'il y a encore des zombies vivant dans la salle ? 
 
Oui, oui, ça danse. On n’a même jamais vu autant de gens dodeliner de la tête sur le morceau de Ghostbusters. Plus loin, l'Homme Invisible discute épées : 
- Il y a malheureusement des techniques de forge qui ont été perdues. 
 
Aux toilettes, un type se change. Il porte un ravissant costume argenté. 
- C'est un costume de gentil ou de méchant ? 
- C'est un costume d'homosexuel.
 
Dehors on s'aère, on resserre les corsets, on pose pour la photo souvenir. 
- Est-ce que je peux vous emprunter une cigarette ? 
- Euh…
- Je vous la ramène, c'est pour une photo.
 
Il est bientôt une heure, 30 personnes hurlent sur du Rage Against the Machine comme dans n'importe quelle soirée. Habillez-les en costume de tous les jours et vous retrouverez les mêmes stéréotypes que dans une discothèque. L'habit ne fait définitivement pas le geek - sauf peut-être pour celui qui a fabriqué lui-même un chapeau haut de forme lumineux avec ventilateur intégré. 
 
Bientôt deux heures, une chanson de Casimir vide le dancefloor. Une bande sonore annonce : 
-Procédure d'évacuation, ceci n'est pas un exercice. 
 
On rallume les lumières, on se change (ou pas) et l'on prend gentiment la direction de la sortie, heureux d'avoir passé un bon moment en famille. On revient de la faille spatio-temporelle dans le métro et l'on se dit que c'est dommage que la fille non-déguisée du début ne soit pas venue à la soirée, à moins, que... non, OMG : elle était là en fait. C’était Leeloo Dallas.
 
 
 
Texte et photos : Quentin Cherrier.