LA GENESE DU BIZ ANIMALIER : I CAN HAS CHEEZBURGER

On ne va pas se mentir, les félins et le porno sont les deux choses les plus consommées par les internautes. Le premier site qui a su pressentir le potentiel prestigieux de nos amis les chats, c’est I Can Has Cheezburger dès 2007. Le principe est simple : poster des photos de chats avec des légendes rigolotes, ce qui a donné lieu au fameux label rouge dit du «lolcat». A l’époque, le site était alimenté par deux personnes ; aujourd’hui, il s’est muté en véritable empire digital qui s’est vu accorder une levée de fonds de 30 millions de dollars en 2011. Le  site fait  dorénavant partie des 400 sites  les plus populaires des Etats-Unis et ne serait d’ailleurs que la partie émergée d’un «Cheezburger Network». I Can Has Cheezburger, que certains aiment à qualifier de création divine, a fait des émules - tant et si bien que les animaux mignons en tous genres sont devenus les superstars du net. Dans la foulée se sont créés Cute Overload ou bien encore Buzzfeed qui a une page dédiée aux animaux.  En toute logique, certains esprits clairvoyants par ailleurs détenteurs d’animaux de compagnie ont compris qu’il y avait là un filon pour se faire de la maille de manière très lolesque. D’ailleurs, chez Brain Magazine, nous nous  sommes également engouffrés dans le business félin par le biais du livre Lolchats (tout en tenant tout de même à préciser que nous avons manipulé des chats appartenant à des tierces personnes).

 

 

LES CHATS SUPERSTARS DU NET

Malgré des chiffres qui nous semblent franchement erronés ou bien alors tout droit issus d’une étude diligentée par le lobby des ti’chiens, il semblerait que ces derniers soient plus populaires que les chats sur la toile. Pour autant, ce sont bien les chats, ou du moins leurs maitres, qui assurent le game au niveau du «pet business». Ainsi Maru, le chat japonais qui aime les boîtes, cumule avec ses vidéos la bagatelle de 210 millions de vues. En toute simplicité. Face à une telle demande, il est bien logiquement devenu la star de publicités, de livres mais aussi de DVD's. 

Autre chat star : Lil Bub, la  chatte naine édentée, soit la preuve éclatante que même avec un physique «différent» on peut aller au bout de ses rêves.  Bub a été la star d’un documentaire sobrement intitulé Lil Bub & Friendz qui a d’ailleurs été présenté au festival de Tribeca, où elle a chillé avec le grand Bob.

 

 

Lil Bub, c’est aussi 250 000 followers sur Instagram, 315 000 fans sur Facebook, et une émission de télévision - Lil Bub’s Big Show - avec des invités de prestige tels que Whoopi Goldberg, Steve Albini ou Kelley Deal (pour tous ceux qui sont restés bloqués au niveau de l’année 1991), sans oublier un livre, Lil Bub’s Lil Book: The Extraordinary Life of the Most Amazing Cat on the Planet.

 

Encore un autre chat au physique délicat : Grumpy Cat (Tardar Sauce de son vrai nom). Pour autant, sa moue boudeuse plaît en masse puisque depuis son apparition sur les internets il y a un peu plus d’un an, la petite chose compte plus de 1,7 millions de fans sur son compte officiel Facebook et 1,3 sur la page créée par un fan dévoué (et  très probablement esseulé). Non content d’être présent sur des t-shirts à son effigie (dont 100 000 exemplaires se seraient déjà écoulés), sur n’importe quel produit dérivé possible ou imaginable, ce chat est également  demandé  IRL - à tel point qu’il a fait une apparition au festival SXSW cette année où des gens ont attendu en moyenne 2h pour pouvoir le rencontrer (si, si).

Par ailleurs, le livre que Grumpy Cat (ou plutôt sa maîtresse Tabatha Bundesen) a sorti cet été, Grumpy Cat, A Grumpy Book : Disgruntled Tips and Activities Designed to Put a Frown on Your Face, s’est en toute détente placé sur la liste des best-sellers du New York Times pendant quatre semaines ce qui, selon certaines sources, aurait généré des millions de dollars de recettes.

 

Il a en outre joué dans une pub pour Friskies et sera bientôt la vedette d’un long-métrage. Qui a parlé de fin du monde ?

 

Grumpy Cat doit sûrement son succès à sa moue boudeuse mais aussi au travail de son agent, Ben Lashes, qui a vu en cette petite chatte grincheuse une personnalité à part entière issue de la pop culture. En ce sens, et selon les dires de ce dernier, Grumpy Cat se doit d’être marketée et monétisée comme n’importe quel produit à forte notoriété.  Ben Lashes sait sans doute de quoi il parle puisqu’il s’est spécialisé dans le management de phénomènes internet en s’occupant des intérêts financiers générés par le vrai Nyan Cat (décédé en 2012) et par Keyboard Cat. Pour lui, Grumpy Cat est une rock star comme une autre, et il est donc bien normal de faire fructifier sa carrière (contre 20% des revenus, comme tout bon manager qui se respecte). L’homme a également confié au New York Magazine qu’il rencontre constamment de potentiels nouveaux clients mais qu’il ne s’arrête que sur ceux en qui il croit vraiment. Pour lui, le succès premier de Grumpy Cat est simplement dû au fait qu’elle rende les gens heureux.

 

L’engouement autour des animaux domestiques «différents» se situe aussi dans le fait que ces derniers représentent le nouveau rêve américain, soit la fortune à portée de clics. Il y a un peu plus d’un an, la maîtresse de Grumpy Cat Tabatha Bundesen était une mère célibataire serveuse dans un resto crasseux de la banlieue de Phoenix et dont le compagnon venait de mourir. Grâce à une seule photo de sa chatte postée par son frère sur internet en septembre 2012, ses problèmes financiers se sont envolés. On peut comprendre que ça puisse en laisser plus d’un rêveur. Et on salue en tous cas le fait que grâce à Lil Bub et Grumpy Cat, les personnalités animalières au physique disgracieux peuvent aussi se faire une place au soleil, et peut être même ouvrir la voie aux animaux moches.

 

 

L'EXCEPTION CANINE (ET DE PRESTIGE)

Surnommé «the world’s cutest dog», Boo est une boule de poils (un poméranien au delà du mignon), mais surtout le chien superstar des internets depuis 2010 environ - et ce grâce au concours du chanteur Ke$ha qui a tweeté une photo de lui, mais aussi de Khloé Kardashian qui lui a trouvé son surnom. Si nous étions mauvaise langue, nous dirions que le succès de Boo sur la toile vient  aussi sûrement du fait que sa maîtresse est haut placée chez Facebook, où il compte d’ailleurs plus de 8 millions de fans.

En 2011, le poméranien a décroché un contrat d’édition pour un livre, Boo : The Life Of The World's Cutest Dog in the World, qui a depuis été traduit en français, allemand, norvégien, italien, japonais, coréen, turc et chinois. Un vif succès en librairies qui précipitera la sortie de trois autres livres : Boo : Little Dog In The Big City Boo : Paper Doll Set ; Boo ABC : A to Z with the World's Cutest Dog. Et comme il se doit, non content d’être une star du monde littéraire, Boo voit également t-shirts, calendriers et autres peluches déclinés à son effigie. Des revenus supplémentaires qui permettront à sa “mère”, Irene Ahn, de compléter sa retraite d’une bien belle manière. 

 

 

 

LEAVE THE KITTIES ALONE ? 

Si Lil Bub est définitivement l’un de nos chats préférés, nous n’avons pas pu nous empêcher de ressentir un léger sentiment de gêne à la vue de son émission. Est-ce que tout ce délire n’irait pas un peu trop loin ? La réponse se trouve sans doute dans la question. Pourtant, son maître qui répond au nom de Mike Bridavsky, argue qu’il fait tout ça pour donner une meilleure visibilité (et de meilleures chances d’adoption) à tous les petits chats handicapés. Il dit refuser beaucoup d’offres et n’accepter que celles qui semblent «sincères», tout comme il déclare reverser 15% des recettes faites sur la boutique en ligne de Lil Bub à des associations caritatives pour animaux (c'est-à-dire environ 70 000 $). Si (sur)exposer Bub est un plaisir - et un cheval de bataille - pour Mike Bridavsky, c’est aussi devenu son job à plein temps. Il développe ainsi actuellement toutes sortes de licences, comme par exemple une version animée et téléguidée de Lil Bub.

 

Une chose est sûre en tout cas : la folie des chats, des chiens et de tous leurs amis à poils n’est pas prête de s’arrêter, puisque The Dodo, un site intégralement dédié aux animaux et lancé par le patron de Buzzfeed Ken Lerer, va bientôt faire son apparition sur les internets. Une pléthore de profils d’animaux plus ou moins mignons se créeront alors dans l’unique but de se faire remarquer par des annonceurs, comme c’est déjà le cas avec Poncho The Pug, Luna the Fashion Kitty, Alo le petit chiot, Colonel Meow et consorts. Comme si chaque propriétaire de chat et de chien se disait qu’il fallait tenter sa chance, et que sur un malentendu, ça pouvait passer. Un peu comme des parents qui, aveuglés par une possible fortune à venir, inscrivent leur petite BILF hideuse à un concours de beauté dans l’espoir d’une vie meilleure.

 


Sarah Dahan // Visuel de Une : Scae.