Je suis peut-être un peu dur avec TLC (acronyme de «The Learning Channel», la chaîne du savoir) (ça ne s'invente pas). C’est vrai quoi, parfois on apprend des trucs en regardant cette chaîne. Par exemple, je ne savais pas qu’une femme avait eu un orgasme pendant trois heures et que c’était apparemment un enfer à vivre, ou que les soeurs siamoises Abby et Britanny parvenaient à conduire une voiture malgré les efforts de synchronisation périlleux que cela requiert.

 

N’ayant aucune notion de la culture mormone hormis un épisode de South Park qui la démolit de A à Z, c’est empreint d'une curiosité relative (mais aussi d’une sacrée dose de scepticisme) que je lance le visionnage de ce reportage qui a tant fait parler.

 

1ère minute : L'émission s'ouvre sur un montage évoquant étrangement le générique de Big Love (série de HBO ayant trait à une famille de mormons polygames)… Lorsque soudain, le disque s'arrête, et l'un de nos protagonistes nous annonce que même s'il est marié à une femme, il reste uniquement attiré par les hommes.

 



2ème minute : Jeff et Tanya sont mariés depuis neuf ans et ont un enfant. Jeff dit qu'il est «atteint» de Same-Sex Attraction (S.S.A.). Sa femme insiste : «il n’est pas gay, mais S.S.A.». Le S.S.A. diffèrerait de l'homosexualité en impliquant la notion d’abstinence.

 

Lorsque Tanya a appris que Jeff aimait les hommes, elle était terrifiée à l'idée qu'il la quitte. Seulement voilà, le twist, c'est que Jeff n'avait aucune intention de rompre, mais plutôt pour projet de fonder une famille avec elle, malgré son attirance pour la gent masculine.

 

Tanya, représentée ici en plein "ouf, il aime les pénis mais va rester avec moi quand même !" de soulagement.

 

5ème minute : Curtis, lui, est marié depuis 20 ans à Tera, mais ce n'est qu'il y a quatre ans qu'il lui a avoué son homosexualité pardon, son «attirance pour le même sexe».

 

Vous pouvez parier que ces seize années de mensonge, Tera s'en souviendra lorsqu'il s'agira de faire valoir ses droits au moment du divorce.

 

7ème minute : La religion mormone stipulant que seuls les couples hétérosexuels sont en droit d'élever un enfant, Pret a grandi avec l'idée que se marier et élever des enfants lui serait impossible. Des interrogations somme toutes recevables, s’il n’en parlait pas comme si il s'agissait d'une fatalité.

 

Si l’homosexualité était véritablement acceptée par sa religion, Pret avoue qu’il aurait été en couple avec un homme. A côté de lui, sa femme Megan ne bronche pas.



11ème minute : Nos quatre héros se rejoignent pour jouer au basket. Ils évoquent la «danger scale» (échelle de danger), un moyen pour mesurer leur degré d'attirance lorsqu’ils se trouvent face à un homme. Cette fameuse échelle va de 1 à 4.

 

A 1, on repère un homme.
A 2, on le regarde à nouveau.
A 3, on est tenté de le regarder encore et encore.
A 4, il faut puiser dans ses ressources pour ne pas craquer.

 

On pourrait toutefois pousser l'idée encore plus loin. Par exemple à 5, on a déjà un pénis dans la bouche. A 8, c’est la douche dorée. A 10, le week-end découverte à la Fistinière.

 


Ici, Pret semble être à un bon gros 3,5.

 

14ème minute : Lors d'une virée randonnée pour les femmes, les filles expliquent le concept de S.S.A. à Harmony, l’amie de la soeur d’une entre elles. Celle-ci est dubitative : «so, are they gay or not…?».

 


Qu’Harmony se rassure, elle n’est pas la seule à ne pas y voir clair.

 

15ème minute :  «Gay», un terme qui ne plaît guère à Tanya. Elle fulmine intérieurement.

 

 

Elle explique qu'elle se met sur la défensive lorsque quelqu'un utilise le mot «gay» pour parler de son mari. «Not that there's anything wrong with that», précise-t-elle en citant mot pour mot (et probablement sans le savoir) un épisode culte de Seinfeld.

 

 

17ème minute : Nos trois héroïnes affirment avec conviction que leur vie sexuelle est bien meilleure que les couples hétérosexuels. Sûrement parce que leurs maris leur ont fait croire que se masturber chacun de son côté sans parler ni se regarder était un must.

 

23ème minute : Une bonne nouvelle interrompt ce flux d'informations terriblement confuses. Pret et Megan annoncent la venue prochaine d’un nouvel enfant dans leur couple.

 

Sans surprise, ces deux-là font partie de ces gens qui disent «NOUS sommes enceintes !!!». C’est marrant, on n'entend jamais ces mêmes gens dire «NOUS avons nos règles !!!» ou «NOTRE frein s’est déchiré !!!!».

 

24ème minute



Mais qu'est ce que c'est ça ? Du rouge à lèvres ??? Ewwwwwww

 

27ème minute : Partis accompagner Tom en prévision de son rendez-vous galant avec une fille, les garçons matent les mecs présents dans la boutique. On se croirait dans Sex & The City. Même la musique y fait penser.

 

 

28ème minute : Jeff comprend que certaines personnes puissent se sentir offensées par le terme de «S.S.A.» Il se justifie : «même si nous sommes nés avec un certain type d’attirance, nous avons toujours notre propre libre arbitre». Pour lui comme pour les autres témoins du reportage, il y a une grande différence entre «être homosexuel» et «se comporter de façon homosexuelle».

 

29ème minute : Notre groupe d’amis croise Jay et Shaun. On apprend que Jay est un ancien S.S.A. qui a finalement décidé de ne pas traiter son homosexualité comme une bête noire, et à la place de la vivre pleinement. Quant à Shaun, homosexuel out et épanoui, il ne comprend pas le concept.

 

«If you like guys, like guys !». Shaun est une petite oasis de fraîcheur dans cette tempête d'aberrations étouffantes.

 

30ème minute : Tanya n’est pas rassurée à l’idée que son mari ait prévu d’aller camper ce week-end avec des gens qu’il connaît à peine. Elle a peur, très peur. Peur que la sortie bivouac ne soit en réalité un nom de code pour aller faire du cruising au jardin des Tuileries.

 

33ème minute : Tom fait sa grande entrée chez ses amis, qui ont organisé un dîner pour lui présenter une jeune femme prénommée Emily. Il est accueilli à grands renforts de répliques qui n'ont absolument rien de naturel. Tout a l'air terriblement scripté. On dirait un épisode de Friends passé à la trappe, «Celui qui était gay mais se forçait à être hétéro».

 

 

38ème minute : Tom décide d’avouer la vérité à Emily. Il dit être attiré par les hommes mais vouloir fonder une famille comme Dieu l’avait prévu pour lui. Elle le remercie de le lui avoir dit mais n’a pas l’air plus touchée que ça.

 

 

Peut-être se dit-elle qu'elle ne trouvera jamais mieux, peut-être attend-elle désespérément qu'Ashton Kutcher sorte des buissons pour hurler «YOU JUST GOT PUNK'D !!!!!». Quoiqu'il en soit, il ressort une tristesse profonde de cette amère conclusion.

 

In fine
A sa décharge, My Husband’s Not Gay a le mérite de soulever l’épineux problème du conflit entre foi et sexualité, le problème étant que ces hommes sont tiraillés entre deux identités incompatibles. Du moins, d’après ce que l’on semble leur avoir inculqué : la religion mormone insiste sur le fait qu’être homosexuel n’est pas une maladie, mais consommer une relation du même type demeure en revanche un péché. L’émission ayant remporté l'approbation des chefs religieux du culte mormon, on ne s'avance pas trop en disant que les choses ne sont pas prêtes de changer.

 

On serait presque tenté de se parer d’une teinte d’optimisme par le simple fait que ces hommes aient la possibilité d’exprimer leur attirance pour le même sexe au sein d’une culture aussi intolérante, ce qui représente une faible lueur d’espoir et un tout petit pas de fourmi dans la bonne direction. Mais en réalité, l’idée sous-entendue par My Husband’s Not Gay, selon laquelle réfréner ses pulsions peut mener à une existence heureuse, apparaît comme dangereuse, puisque’elle donne implicitement crédit aux thérapies de réorientation sexuelle. Il est également nécessaire d'appeler un chat un chat, car contrairement à ce que le titre du programme annonce, oui, les maris de ces femmes sont bel et bien homosexuels.

 

Sur le plan télévisuel, le tableau n'est pas plus reluisant. Avec sa narration sitcomesque et ses multiples références à des fictions déjà existantes, difficile de dire si l'on est en face d'un programme d’une quelconque pertinence ou d'une vaste fumisterie. C’était une erreur particulièrement naïve de ma part que de croire que TLC diffuserait un programme à vertu éducative. Consolons-nous en se disant qu’il ne s’agissait que d’une émission one shot et non d'une série qui s’étalera sur des années entières. Quoique, le filon mériterait d'être exploité : «Mon mari n'est certainement pas gay - après tout, qui n’aime pas Céline Dion ?», «Mon mari n'est pas reptilien, il pèle dans le dos, voilà tout» , «Mon mari n'est pas mon mari (c’est juste mon frère)»... TLC, la balle est dans votre camp.

 

 

Thomas Rietzmann.