On vous avait laissés à la frontière mexicaine en plein milieu du Texas. Il s'agit maintenant de rejoindre la Californie et ça fait quand même une sacrée trotte. Direction donc l'Arizona, qui est sur le chemin. On continue à s'enfoncer dans le désert. Le paysage est toujours plus fou, rien à l'horizon, des cactus géants et une température qui avoisine les 37 ° C... On finit par arriver à Phoenix en fin d'après-midi. Tout le monde nous avait décrit cette ville comme assez banale et pas bien passionnante, et c'est pas loin de la vérité... En gros des malls, des buildings moches et des prix exorbitants. On fait une partie de football américain pour s'occuper en attendant l'heure du concert. On part ensuite à la salle, le Trunk Space. C'est une sorte de galerie, fanzinotèque plutôt chouette avec un photomaton, des distros de vinyles et K7, un piano, des fauteuils de cinéma. L'organisateur s'appelle JRC (sic !) et est super bizarre, il ressemble à un prof de maths super désabusé. Ambiance très bizarre, pas énormément de monde, que des hipsters qui font la gueule. Le premier groupe est pas trop mal mais tire aussi la tronche... C'est bien le shoegazing mais bon... le groupe d'après est très bizarre, on dirait du Billy Joel indie... On joue après et je crois qu'avec le concert du Lit lounge, c'est le seul concert ici où on a eu l'impression de jouer devant des robots. Je pense qu'on aurait pu se mettre le feu, leur jeter des serpents à la figure ç'aurait été exactement la même chose. Et encore une fois très bizarrement, les gens viennent quand même nous féliciter. JRC, vient nous voir et nous parle comme un robot sous Tranxène « merci d'être venus, la prochaine fois ne zappez pas Phoenix... » Mouais... L'autre bonne nouvelle c'est que JRC ne nous a pas prévu d'endroit où dormir et ne paraît pas spécialement gêné par cette idée. Mais comme d'habitude tout rentre dans l'ordre comme dans le meilleur happy end américain. On commence à faire un football sauvage en travers du boulevard (ça fait très peur aux conducteurs de pick up...) quand un groupe de garçons et de filles sortent d'un bar à côté. On lie la conversation et en trente secondes, c'est réglé, on a un endroit où dormir. Cool ! On retourne avec eux dans le bar d'à côté, un bar de routiers mais très prisé par les jeunes à la mode de Phoenix visiblement. La musique est assez horrible, du coup on ramène notre van devant la porte du bar et on improvise une block party sur le parking, enfin les Américains se réveillent, on se marre bien. Un DJ plutôt cool débarque avec tout un gang d'amis sous champignons. Tout le monde danse c'est plutôt marrant. On rentre se coucher assez tard, pour changer....

Le lendemain, départ pour la Californie. La route est superbe, il fait toujours aussi beau et chaud. Notre première date a lieu à Pomona dans la banlieue de Los Angeles. On joue dans un magasin de disques vraiment cool, Glass House, tenu par Christina, gérante recouverte de tatoos et très gentille. Elle pousse les canapés et installe le système de son. Le premier groupe est local (ou de pas loin). Ils s'appellent Dhorn et font une sorte de grind rock'n'roll ultra efficace avec un son hallucinamment fort. C'est vraiment cool, après tous ces groupes bof bof qu'on a vus les autres jours... On s'installe ensuite. Le son est vraiment cool, les gens réagissent super bien, on vend des disques, un concert vraiment laid back et très chaleureux. Le groupe qui enchaîne ensuite s'appelle Cat Party et ça me plaît vraiment, sorte de new wave indie, mi-early interpol mi-replacements, super bien joué. On finit la soirée sur le trottoir à boire des bières avec les groupes et à se promettre de faire plus de dates ensemble l'année prochaine.

On a répondu à une interview il n'y a pas très longtemps - sur le site shoot me again si ça vous intéresse :) - où l'on nous demandait si on avait des plans de merde en tournée. En gros il y en a toujours un par tournée. Et en l'occurrence, le plan de merde ici s'appelle Marty... Il avait proposé et booké deux dates aussi dans la région de Los Angeles, tout semblait calé pour que tout aille bien. Sauf que vers 11 heures, alors qu'on roule vers Venice Beach, Marty nous envoie un texto et annule tout sous des prétextes pourris qui ne le mettent bien sûr pas en cause... Passée la déception, on décide de ne pas trop se prendre la tête. On file direct vers L.A. On s'arrête d'abord à Santa Monica puis Venice Beach, comme dans les films. Entre les gangstas qui vendent leurs mixtapes, les magasins d'accessoires à fumette et les mecs bourrés de stéroïdes qui font de la muscu en slip... On se baigne un peu puis on file se faire la totale du touriste à L.A. : Sunset Blvd, Hollywood Blvd et ses étoiles. Un peu comme à Austin la ville me fait un effet toc, on passe devant le Viper room, whiskey a gogo, on croise encore des glam rockers, sosies moisies d'Axl Rose... Tout sent le business... un nain déguisé en Chucky propose de se faire prendre en photo avec lui, des guides proposent des visites des lieux « mythiques » (la maison où Sharon Tate s'est fait tuée par Manson, le carrefour où Oliver Stone s'est fait arrêter en état d'ivresse...). On va manger en regardant le match des Lakers (go Kobe !). Idée lumineuse de Cedrick notre « chauffeur » à la nuit tombée pour oublier cette annulation : monter sur Mulholland Drive. Il fait nuit noire, ça monte et ça zig zag dans tous les sens, on se passe l'intégrale des BO d'Angelo Badalamenti et c'est vraiment flippant. Le contraste entre les maisons immenses (mais alors vraiment immenses) et le noir total (probablement pour préserver leur tranquillité). Une voiture de luxe manque de nous rentrer dedans, tout le monde est persuadé qu'il s'agit de Jeff Goldblum, je sais plus trop pourquoi... On finit la soirée à boire des bières sur la colline en face du signe Hollywood et des buildings de L.A. Avant de se faire virer par la police...

Le lendemain, toujours pas de concert (merci Marty...). On décide de partir direct pour San Francisco qui est pas mal loin. On fait le tour des plages célèbres : New Port Beach (pas terrible en fait), Malibu, rempli de touristes russes et de longboarders quinquagénaires... La route vers SF est très très belle (pas mal de vignobles comme dans Sideways.). Par contre les prix grimpent de miles en miles... On arrive tard le soir chez Brandon qui nous avait déjà accueillis il y a pile un an lors de l'enregistrement de notre album. Brandon travaille chez Google, gagne très bien sa vie et a un appart assez fou (jacuzzi, terrasse sur le toit et un bar comme dans les bars dans son salon !). C'est chouette de le revoir, on part en pèlerinage dans la rue du studio. Le lendemain, il fait froid et il pleut pour la première fois depuis un mois. On part faire visiter SF à Cedrick qui ne connaît pas la ville : Castro (le quartier gay), Haight Ashbury, Golden Gate bridge, Alcatraz et surtout Amoeba, le meilleur disquaire du monde qui a raison de nos derniers dollars... On file dans une boutique cheap s'acheter des costumes pour le concert du soir à Oakland (vendu comme une pre-party d'Halloween, on est le 30 octobre). Les Américains sont complètement fous d'Halloween de manière obsessionnelle. Ils nous ont tous beaucoup plus parlé de leur costume et de leur fête que des élections qui approchent pourtant à grands pas. On opte (avec notre budget dément de 15 dollars) pour des costumes assortis, des capes de vampire en satin et des masques blancs, ambiance Eyes Wide Shut fauché...On part pour Oakland qui est à 20 minutes de SF. On débarque à la salle qui est en fait totalement dans le ghetto crack de la ville. On retrouve Jennie l'organisatrice qui porte un super costume de Tank Girl fait main. Le lieu est mortel, une très grande galerie avec au bout une salle de concert avec une bonne scène. En arrivant on se croirait vraiment dans un film de Greg Araki, un mec boxe un punching ball en fumant des joints, la pièce est plongée dans une lumière rouge... Halloween ! Les gens arrivent au fur et à mesure. Jennie a concocté une bande son d'Halloween bien classe (de Rockwell à Blonde Redhead...). Les deux premiers groupes jouent et presque tout le monde est déguisé. On remarque que le fond prime sur la forme : Rocky discute avec Edie Sedwick, un cowboy bavarde avec un cygne... c'est vraiment marrant ! On s'habille en vampires libertins fauchés. On monte sur scène et gros gros concert. Tout le monde est à fond, danse dans tous les sens (les enceintes de retours en tombent par terre). Halloween oblige on commence par notre chanson sur Satan... Un de mes concerts préférés de la tournée. Man Miracle, le groupe qui enchaîne, est super classe , un death cab math punk super chouette. On finit la soirée par faire un feu de camp chez Jennie et ses colocs en mangeant du popcorn...

Le lendemain, on repart à SF retrouver Jay qui avait produit notre album il y a juste un an... C'est vraiment chouette de le retrouver, on parle du nouvel album et de la tournée de son groupe 31 Knots, de son boulot sur le dernier Deerhoof et de leurs dates avec Joan of Arc. Jay est plein de bons conseils concernant notre direction artistique, on lui donne les démos de nos nouvelles chansons. Le soir c'est encore plus Halloween et ça va pas mieux du côté des Américains. Tout le monde est déguisé dans les rues avec deux grosses tendances : la référence pop culture le plus souvent en duo ou trio (Juno, Daft Punk, Retour vers le Futur) et malheureusement le costume qui se veut sexy mais qui est juste vulgaire (l'infirmière cochonne, la pute et son mac...). Une des potes de Jay a essayé de se déguiser en M.I.A, elle ressemble plus à Run DMC mais c'est bien essayé. En fin de soirée, on repasse chez Jay qui habite lui aussi dans le quartier du crack, peuplé de dizaine de zombies qui fument des cailloux et se prostituent à cent mètres des hôtels de luxe... On file à l'aéroport prendre notre avion pour NYC...

Ce soir, dernière date de cette tournée US à Troy, pas loin d'Albany (3 heures de route à peu près). Après 6000 miles à travers 16 états, cela ne nous fait pas vraiment peur. On galère un peu pour trouver une voiture à louer, on part très très en retard, du coup le trajet est assez stressant. On arrive à Troy super à la bourre et bien crevés. On joue ce soir sur le campus de la fac de science. La salle est vraiment cool avec une grande scène et plein de monde. Et devinez quoi : c'est encore Halloween, tout le monde est déguisé (toujours dans les deux grandes tendances décrites plus haut). Le concert est super cool, grosse ambiance, les gens sont vraiment dedans et on joue longtemps histoire de profiter jusqu'au bout de cette tournée. Après le concert, on file à la « post Halloween party ». Comme la plupart des gens présents sont en fac de science, on note une petite tendance geek (une fille déguisée en nerd d'ailleurs, un gars qui s'est fabriqué un vrai déguisement de robot qui s'allume). On joue les DJ's et on danse avec les kids, c'est vraiment une chouette façon de conclure cette tournée. On repart pour l'aéroport quelques petites heures plus tard. Direction Paris. Prochaine étape : 12 jours de tournée en France, Allemagne, Italie... Le marathon continue.

On a listé et remercié ici tous les gens qui nous aidé à réaliser ce projet qui a été incroyablement fort dans l'histoire de notre modeste groupe. www.myspace.com/jordanmusic
Le bilan est vraiment super positif. On prévoit déjà d'y retourner en 2009 !
Tout cela n'aurait pas été possible sans l'aide de Cedrick qui nous a conduits pendant ces 9000 km et a su devenir le 4ème Jordan !

Un grand merci à Anaïs et Perrine !

 

Lire la première partie du Jordan US Tour: ici.

Lire la deuxième partie du Jordan US Tour: ici.

Lire la troisième partie du Jordan US Tour: ici.

 

Texte et photos : les Jordan.