Dans un souci de synthétisation, nous reviendrons sur trois grands moments bigarrés que le festival nous a offerts à voir, avec, à la clé, de bonnes surprises et des situations plus gênantes, celles qui font le sel de la vie, ou pas. 

 

 

Baz Lurhmann : et c’est parti pour le show

Le réalisateur mégalo australien, bien connu pour avoir fait tourner Leonardo DiCaprio dans sa prime jeunesse, c’est-à-dire quand il était mince (Romeo + Juliet) puis dans sa période «dadbod» (Gatsby), est un mélomane aguerri. Ses films témoignent en effet de sa passion pour la musique, et les mauvaises langues diront même que les bandes originales de certaines de ses oeuvres étaient mieux réussies que leur réalisation. 

En attendant la sortie de son énième péplum pompeux, Baz Luhrmann n’a pas chômé : il a eu le temps d’orchestrer un spectacle. C’est une comédie musicale intitulée For The Record qui, sous la forme de petits tableaux, reprend les intrigues de ses films Romeo + Juliet , Moulin Rouge, Gatsby. Tout ceci est entrecoupé de chansons originales jouées en live par un groupe hyper pro et enjoué, et interprétées par des comédiens aussi fougueux que le casting de Un, Dos, Tres. On reconnaît également des reprises de chansons légendaires (Material Girl, Heroes, Crazy in Love) qui viennent se glisser de manière intempestive dans la narration, pour le plus grand plaisir des amateurs de pop.

 

En gros, on se serait cru dans un épisode de Glee pendant trois heures, ce qui, contre toute attente, n’était pas désagréable, bien au contraire. Encore faut-il ne pas être diabétique et supporter le sucre car c’était mielleux en diable.

 

 

Le cas Mika aka «la folle de TF1»

Pour rester dans la thématique sirupeuse, il est nécessaire d’évoquer la prestation de Mika, qui était l’une des têtes d’affiche «pop» de cette édition. On n’a certes pas 65 ans, mais on s’est dit «pourquoi pas». En plus, il jouait à l’incroyable salle Wilfried Pelletier, à l’ambiance très Star Trek, un «must go» selon les Montréalais. Erreur. Erreur si l'on cherchait du divertissement moderne, de l’«entertainment» comme on dit aux States, car Mika s’est contenté de se dandiner, de bouger ses cheveux dans tous les sens et de faire des vocalises à la Castafiore. 

Bref, il a fait ce qu’on attend de lui : il a joué à la folle «sympa» de service pour des hétéros qui, sans son coming-out, ne se seraient jamais douté de son homosexualité. LOL. Ce n’est pas de la mauvaise foi - c’est la vérité, si l'on se base sur les filles à côté de nous dans la salle qui sont  devenues hystériques dès que l’homme (au full costume à paillettes) est apparu «sur la stage». 

 

On n’a donc pas 65 ans, mais apparemment Mika si. Il nous a livré un bon vieux show de music-hall des familles bien rouillé, qui procure le même frisson de la honte que lorsqu’on se fait choper en train de siffloter l’air de Gitano de Kendji Girac (si, vous l’avez déjà fait). C’est sûr, on ne le choisit pas dans notre équipe.  

 

 

Ghostface Killah : la très bonne surprise

Quand on a vu le Wu-Tang Clan (ou du moins ce qu’il en restait : les survivants et ceux qui ne sont pas en taule) il y a deux ans à Primavera, on avait éprouvé un léger malaise, et un peu de tristesse. Ces quadragénaires légendaires mais bien abimés par la vie peinaient à faire le show et se trouvaient clairement ailleurs dans leur tête. Aussi éprouvait-on une légère appréhension à voir Ghostface Killah se produire sur la scène de la magnifique salle du Metropolis. Quelle ne fut pas notre (bonne) surprise lorsqu’on le vit tout donner aux côtés du groupe de jazz (100% babtous) BadBadNotGood ! 

Le vieux est dans la place, il éructe, il organise une battle sur scène entre deux mecs chopés dans le public, celui qui échoue se fera huer. L’ambiance est bon enfant et on n’est même pas choqués par l’omniprésence ce soir-là de bérets Kangol portés par des Noirs, et même par des Blancs. Entre morceaux persos, morceaux issus de l’album né de la collaboration entre le groupe et le rappeur, Sour Soul (paru en février dernier), et hymnes du Wu-Tang, Ghostface Killah donne tout. 

 

On avait remarqué l’énorme propension du public québecquois à s’enthousiasmer pour tout et n’importe quoi (le Québecquois est d'une manière générale très intense, et on comprend désormais mieux l’attitude «bouffeuse de vie» de Céline Dion), mais dans ce cas bien précis, ça faisait chaud au cœur. Les gens étaient très heureux d’être là, et nous aussi. Merci papy rap, merci Montréal. 

 

 

Sarah Dahan.