Troll, n.m. (du latin trollus, troll) : Petit être malfaisant vivant dans l’Internet caché derrière son écran d’ordinateur ou de téléphone portable. Peu amical et bien souvent hostile, se déplaçant parfois en meute, le troll se caractérise par sa forte odeur de desquamation du cuir chevelu et sa propension à tenter d’attirer l’attention vers lui en créant des controverses. Par nature, il est aussi d’extrême-droite, même s’il n’est pas toujours au courant. Exemple : «je serai bien content quand l’extrême-droite sera au pouvoir. Même si je ne vote pas Marine Le Pen». Voici une vidéo (rare) d’un troll en parade nuptiale :  
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Il existe cinq grandes races de trolls. A noter que celles-ci peuvent être cumulatives, on parle alors de troll «centipède» (attention image choquante). Un nom particulièrement évocateur : quand ils se croisent, les trolls se reniflent systématiquement l’anus. Il s’agit chez eux d’un réflexe de survie.   

Le troll conspirationniste
Le troll est par nature méfiant et paranoïaque. Il est parfois tout autant antisémite. Cela fait trois traits de caractère propices à en faire un parfait conspirationniste. On dit conspirationniste, mais lui préfère le terme de «réaliste», au sens de «sage». Car, par nature, le troll est celui qui sait. Qui sait tout. Mieux que vous, et mieux que nous. Par exemple, le troll sait qui a commandité l’attaque terroriste à Charlie Hebdo (les reptiliens), les attentats du 13 novembre (les Juifs et Christiane Taubira), et plus généralement qui se cache en réalité derrière tout fait d’actualité ou toute information relayée par les médias forcément aux ordres des forces obscures qui nous dirigent. Pas besoin de chercher bien loin, puisque le monde est de toute façon gouverné par les franc-maçons et les socialistes.
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Le troll mythomane
C’est pratique, les Internets : on peut s’inventer une vie. Et des amis. Cacher son visage “original” derrière une photo de profil BG, magnifier ses oeufs au plat et sa veste en jean vintage grâce à un filtre lo-fi. Trouver un job ? Facile. Comme pour les diplômes, il suffit de mentir. Combien de mecs iraient vérifier que je ne suis pas réal' qui n’a jamais rien réalisé mais bien pilote de Formule 1 comme je le prétends dans ma bio Facebook ? Personne. Puisque je l’ai écrit, c’est que ça doit être vrai. On s’ennuie chez papa ? En deux clics, vous voilà reporter de guerre, consultant en terrorisme, et spécialiste d’Aqmi. Pharmacienne en province ? Me voici présentatrice radio. Chômeur en fin de droits ? Devenez homme politique, président d’un cabinet de conseil en Affaires Européennes et Internationales, diplômé de Sciences Po. Les trolls mythos s’inventent rarement balayeur ou serveur au McDo. Vous connaissez l’«Adversaire» ? Imaginez sa version 2.0.
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Le troll «Xavier Dupont de Ligonnès»
Plus évolué que le troll mythomane car plus proche de «”L’adversaire” 2.0», puisqu’à la fin il zigouille vraiment toute sa famille, le troll «Xavier Dupont de Ligonnès» est aussi difficile à débusquer que talentueux. Difficile à débusquer parce qu’il officie presque toujours sous pseudo et faux profils - il en a plusieurs, qui parfois se répondent entre eux pour mieux brouiller les pistes -, talentueux parce qu’il a passé toute son adolescence de troll à parfaire son style jusqu’à maturité sur les forums pour cathos de droite et autres fdesouche et doctissimo. Un peu comme le boss du LaserQuest de Coignières ou celui du bowling de Saint-Malo, il est l'être qu’on craint voir débarquer au milieu d’une partie, en l’occurrence une discussion en 140 signes sur les escarres de maman ou les Kinder Pingouin hallal de papa. Difficile de battre le troll «Xavier Dupont de Ligonnès», il a atteint un niveau supérieur au vôtre, celui du troll dieu : haï par tous, viré de partout, disparu depuis, légende pour toujours. Solitaire, multifacettes, David Bowie. Si David Bowie avait été psychopathe.
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Le troll justicier/démago/rassembleur
Premier des moutons de garde de l’Internet à s’indigner de la dernière indignation en vogue, le troll démago tweete pour faire autorité chez tous les indignés du monde. Peu importe le sujet : quand eux crient au loup, lui hurle à la meute, en Stéphane Hessel des twittos. Au collège, il était délégué de classe et un peu victime. Aujourd’hui adulte, mais toujours peu charismatique dans la vraie vie, il tente à nouveau d’exister, mais c’est pas facile-facile. N’allez pas lui ôter son joujou, il pourrait en mourir. Ou pire : s’en indigner.
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Le troll rédacteur en chef
Les réseaux sociaux sont un lieu merveilleux rempli de journaux, de gens qui travaillent dans des journaux, et de commentateurs de gens qui travaillent dans des journaux. Ils sont tellement nombreux que parmi eux, certains en viennent à se persuader qu’ils travaillent eux-mêmes dans des journaux. Inception. Voici le troll «rédacteur en chef». Il n’est pas directeur de rédaction, il aimerait bien, souvent même pas journaliste, mais c’est tout comme. Lui sait quel sujet doit être traité et comment, c’est à dire aucun et jamais, à moins qu’il ne s’agisse d’un article sur un thème qui lui parle : le chômage, ou les pauvres.
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Le troll toqué
Le troll toqué est une race de troll à part puisqu’il conjugue presque tous les traits de caractère des trolls développés plus haut, la folie congénitale en plus. Le troll toqué est facilement reconnaissable : c’est le moins raisonnable de tous. Posteur compulsif monomanique et psychotique, particulièrement agressif, il oscille entre périodes de fortes activités internautes et séjours en hôpital psychiatrique. Si vous en croisez, un conseil, fuyez. Le délire du troll toqué est trop puissant pour vous, tellement ancré dans son esprit qu’il serait de toute façon vain de chercher à le raisonner. À quoi bon ? Le troll toqué ne s’adresse qu’à lui et à lui seul, tout au plus son autre lui. Comme dans la vraie vie, le basculement vers ce genre de «folie de l’égo» (comme le définit le Pr. Epstein dans un récent essai sur le phénomène - social), peut arriver à tout le monde. Mais certaines catégories de la population seraient particulièrement vulnérables, selon une étude. Femme de plus de cinquante ans souvent sujette à l’hystérie, attention. Il serait peut-être plus sage de couper votre fil Twitter pour aujourd’hui et vous préparer une petite tisane, ou réfléchir au plat que vous allez concocter à votre cousin de mari à son retour, le persil dans les narines et la mousse dans les oreilles.
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