Bienvenue chez les Ch'tis ? Cinéman ou bientôt Camping 2 ? Allez, soyons honnête deux secondes, il y a quelques trucs à sauver comme les films des mecs de Groland, OSS 117 ou Les Beaux Gosses mais à part ça, alli-allo, y a de la merde dans le tuyau. Un problème de culture ? L'humour serait venu à Hollywood dans les valises des émigrés juifs fuyant le nazisme, aux Anglais comme le poil au pubis et nous, on aurait du mal à rattraper le train en marche. Bof, on y croit pas trop. Le plus ancien recueil de blagues occidental connu est le Philogelos (IV ou Ve siècle de notre ère, merci Wiki) et les Anglais ne l'ont traduit et assimilé qu'au début du XVIIe siècle. Et quand on y réfléchit, en France, on a déjà fait nos preuves. Alors pourquoi aujourd'hui on n'y arrive plus ? Brain a trouvé les 7 plaies du film comique français.


Le film 100 % mag
Normalement, ça n'aurait dû rester qu'un sujet pour un reportage de M6 mais quelqu'un a pensé que puisqu'il s'agissait d'un « sujet de société » ou d'une « tendance du moment », on pouvait en faire une comédie qui toucherait les gens. Dans cette veine, on trouve une floppée de films navrants sur la randonnée, le divorce, la mode du camping, du coaching, etc. Et lorsqu'on sent que ça pourrait être drôle, le sujet n'est pas digéré donc ça ne rime à (cyp)rien.
 
La comédie sympathique
Le qualificatif « sympathique » est souvent utilisé pour décrire les comédies françaises. Traduction : le film manque de mordant, aligne les poncifs et les bons sentiments. Dans la comédie, il ne s'agit  pas vraiment d'être sympathique. Une bonne comédie c'est subversif, on se moque des autres, de soi, les personnages sont torturés dans tous les sens, on rit des limitations humaines physiques ou métaphysiques et on remet en question l'ordre social. Hélas, en France, alors que le cinéma d'auteur (pour faire vite) peut se risquer dans des contrées assez trash, la comédie opte plutôt pour le politiquement correct ou la provoc grossière qui, bien sûr, ne provoque personne (voir les bouses de Michaël Youn). Sans même évoquer l'humour limite sur les minorités, pourrait-on en France se faire masturber des bébés façon The Hangover ?

La tentation du communautarisme
Faire rire avec une communauté n'est pas forcément une mauvaise idée. Mais jusqu'ici, l'humour communautaire en France, ça donne pas mal envie de prendre un charter. La plupart du temps les personnages ne sont réduits qu'à l'incarnation de la minorité dont ils sont issus. Les films sur la communauté juive reposent uniquement sur la caricature d'un certain milieu juif parisien et cela n'a rien à voir avec un film de Woody Allen où le fait que le personnage principal soit un juif new-yorkais n'est qu'une des nombreuses composantes de l'histoire. De même, les comédies sur les gays ne reposent que sur les problèmes posés par leur identité sexuelle décrite à grands renforts de clichés. Idem pour les comédies qui mettent en scène des jeunes issus de banlieue. Et au final, ça donne des histoires assez pauvres.

Des familles d'acteurs qui ne veulent pas prendre leur retraite
On est pas là pour dire que Le Père Noël est une Ordure, Les Bronzés ou Les Visiteurs, c'était pas drôle, mais ça commence à dater. Le problème c'est que les acteurs qui faisaient rire, il y a dix, quinze ou vingt ans sont toujours dans le business et occupent le devant de la scène avec des films qui sentent le fromage moisi. La troupe du Splendid, par exemple, c'est un peu le parti socialiste de l'humour. Des éléphants qui n'ont pas trouvé leur cimetière. Quand Gerard Jugnot fait la promo de son dernier film (Rose et Noir) avec sa compagne, ça vous donne envie d'aller le voir ?

Le film avec un comique mais sans scénario
Parmi les sketchs de Kad et O, Eric et Ramzy, Gad Elmaleh, Elie Semoun, des Robins des Bois, beaucoup sont très drôles, mais écrire une comédie c'est un travail d'orfèvre, d'horloger, de compositeur. On peut être un bon comédien et faire de bons sketchs mais cela ne fait pas de vous un Lubitsch, un Oury ou un Audiard capable d'écrire une histoire où les personnages principaux et secondaires sont parfaitement caractérisés, où les gags pleuvent, où les situations s'enchaînent, où les vannes tombent juste et où le rythme est soutenu du début à la fin.
Cela dit, l'absence de bons scénarios de comédie renvoie sans doute à un problème plus large en France (politique des auteurs, manque de financement de l'écriture, impossibilité de trouver un budget pour un film sans acteur « bankable », chaînes de télé où les décideurs sont issus d'écoles de commerce).

Le massacre d'un classique de la BD
Comme on ne sait pas écrire de comédie, on se dit qu'en adaptant un truc marrant en BD, on se bidonnera au cinéma et en plus, niveau marketing, c'est le bon plan. Mais en fait non, ça ne marche pas. Parce qu'un gag de bande dessinée ne fonctionne pas nécessairement au cinéma, parce qu'en général ni la lettre, ni l'esprit de l'original ne sont respectés et parce qu'on évacue systématiquement les personnages de la BD au profit des délires de l'acteur du moment. Du coup, on ne sait pas trop si on assiste aux aventures d'Astérix et Obélix ou de Clavier et Depardieu, d'Iznogoud ou de Michael Youn, des Dalton (qui sont 4) ou d'Eric et Ramzy (qui sont  2), de Lucky Luke ou de Jean Dujardin.

Le manque de hauteur
Les comédies françaises ont une esthétique tellement anxiogène que parfois, on se demande si ce n'est pas une pub MMA qu'on est en train de regarder. Ce manque d'ambition dans la mise en scène se ressent évidemment dès le stade du scénario : pas de personnage marquant, pas d'influence littéraire, pas de rigueur technique, pas d'élégance dans l'écriture. En définitive, le film soi-disant comique devient un éloge de la médiocrité tant sur le fond que sur la forme, basculant souvent de la comédie populaire à la comédie populiste.
 
 
Par Damien Megherbi.