L'Azizalizée
 
Autant le dire tout de suite, en matière de mash up comme pour le reste, tout a déjà été fait avant, en mieux, et par des mecs en perruques. Tout l'art du mash up était ainsi déjà en germe dans la tradition du quodlibet, forme de composition consistant à combiner entre elles des mélodies préexistantes. L'explication de son fonctionnement exact nécessiterait malheureusement bien plus de 140 signes, ce qui est intolérable pour notre lectorat, nous passerons donc rapidement. Plus près de nous, il a toujours existé dans le jazz et la pop des mélanges de morceaux entre eux : c'est le fameux « medley », que tout groupe de bal qui se respecte possède dans son répertoire. Au choix dans ce registre : le Megamix 80s du sud-ouest « Emile & Imagination », le stadium bootleg « Jump + The Final Countdown », ou dans un registre plus moderne, le « L'Azizalizée » (Moi Lolita + L'Aziza) ou le « Jean-Jacques Justice » (D.A.N.C.E + Quand la Musique est Bonne ). Hélas, trop étroitement associé au contexte de la salle des fêtes de Millau, le medley n'a jamais vraiment eu les faveurs des gens qui comptent dans le milieu de la drogue de la musique.

Pop de bâtard

C'était sans compter sur les années 2000 qui ont vu l'apparition d'un genre nouveau de medley, où les morceaux ne sont plus seulement enchaînés sur le même tempo, mais totalement imbriqués entre eux rythmiquement et harmoniquement : le mash up, ou bootleg, ou blend, ou plus globalement « bastard pop ». Ces morceaux bâtards réussissaient l'impossible : aussi bien faire chanter Salt N' Peppa sur les Stooges, que Michael Jackson sur Nirvana ou Jean-Louis Aubert sur Téléphone. C'était donc ça le vrai bug de l'an 2000 : le règne du bootleg, avec son chef d'oeuvre (As Heard…on Radio Soulwax pt.2 de 2Many DJs qui a initié et tué le concours), son tout-venant correct (le Grey Album de Danger Mouse) et ses légers excès. Dès 2003-2004 en réalité, sur l'Interweb ou sur MTV (qui mash upait aussi les clips), trop de mash up « DJ machin vs. MC Truc » tuait déjà le mash up, sous la pression d'un double phénomène : 1. le piratage la démocratisation de logiciels tels Acid puis Live et Traktor , qui rendent la synchronisation rythmique et harmonique accessible à un enfant de 4 ans ou un adulte de type de Christian Estrosi. 2. la mode issue du hip hop de diffuser les a cappella des morceaux, voire carrément toutes les pistes séparées, dans le cas des concours de remix.

Overdose + onanisme

Passé l'effet de surprise, le mash up s'est donc rapidement épuisé qualitativement, à mesure qu'il explosait quantitativement : overdose de mauvais bootlegs en P2P ou sur Youtube, soirées « bastard pop » interchangeables, récupération par la variété, épuisement dans l'auto-citation onanique (ex : Daft Punk s'auto mash-upant dans Alive 2007).
La révolution esthétique et technologique initiale de 2000 a fini par nous les masher menues, et devenir au fond une extension banale de la panoplie du DJ. Raison de plus pour s'intéresser pour une fois à ceux qui, généralement dans l'ombre, font ou ont fait du mash up autrement, à l'artisanale : avec un vrai groupe, un beat et un couteau. Et si c'était l'avenir du genre ?


1. Papa is the Word

Ok « Surfin' Bird » des Trashmen est un morcau important dans l'histoire du rock et de l'orthophonie. Et puis c'est aussi le point de départ d'un des meilleurs Family Guy. N'empêche, c'est quand même un bootleeg chafouin qui articule deux morceaux doo-wop antérieurs des Rivingtons, Bird's the Word et Papa Oom Mow Mow.




2. Ummagummammagamma

En 1982, le producteur italo-disco Stefano Pulga (Kano) remarque que deux tubes de l'époque (Another Brick in the Wall pt 2 de Pink Floyd et Mammagamma d'Alan Parsons Project) se ressemblent vraiment beaucoup en terme de tempo et de tonalité. Il a alors l'idée de les jouer ensemble, mélangés, pour l'amour de l'art et de l'argent. Il ne manquait plus que des déguisements du KKK pour ravir les enfants chanteurs fascistes, et le succès était assuré. Entre 1982 et 1983, Pulga réalisera deux incroyables albums visionnaires de ce Pink Projet.




3. The Crunge

Comme tout le monde, Dread Zeppelin reprend du rock en reggae. Avec une légère particularité néanmoins : son chanteur est un sosie d'Elvis période grobèse, voix comprise. Le tout est tellement raté que même Robert Plant les adorait. En cadeau ici : Black Dog + Be Bop a Lula + une rythmique reggae de type « fête de la musique ».


 

4. Mötley Qüeen
 
Pas de doute, Rock Sugar domine sans partage le segment des « hair metal mash up bands ». Cela s'explique en partie par le fait qu'ils ont créé eux-même ce segment et sont les seuls à l'occuper, avec Axl Rose (chanteur spécialiste des reprises d'Elton John dans le style des Guns N' Roses). Pour cette sympathique bande de violeurs originaires de Los Angeles, l'équation était en tous cas simple : quitte à être un mash up band, autant être le plus éclectique possible. Du coup, ils mélangent vraiment tout et n'importe quoi : du hard et du rock, du heavy metal et du hard rock, du hard rock et du hair metal, du trash et du heavy metal, du hair metal et du metal, ou ici du hard rock et du Madonna.




5. Jack White Rabbit

Le groupe Smash Up Derby présente plusieurs caractéristiques notables, en plus de son nom astucieux. D'une part son chanteur et lui-même un mash up entre une femme, un homme, et le chanteur de Korn. D'autre part, ce groupe pratique le mash up pour des motifs strictement utilitariste, exprimés sans hypocrisie aucune : « jouer deux fois plus de musique en deux fois moins de temps ». Idéal pour vos mariages au débotté.




6. Hey Dude

Les gens bizarres qui aiment les Beatles ET Metallica sont depuis longtemps confrontés à un cruel dilemme : d'un côté Metallica est nul en pop songs et de l'autre les Beatles sont vraiment des tapettes en heavy Metal. Fort heureusement, le groupe Beatalica a trouvé la solution de compromis en reprenant le répertoire des Beatles dans le style de Metallica. Leur maîtrise du genre en serait presque effrayante, tant ils parviennent à mélanger aussi bien les riffs que les paroles deux groupes. Et puis Sony les a attaqué pour préjudice moral, donc respect dude.


 

+ Bonus : Lady Aqua

Le mash up live ultime, et le plus simple : quatre accords et 65 morceaux d'un coup, par le trio comique The Axis of Awesome.
 

 
 
Cyril 2Real.