Lundi 5 Avril : On se réveille à Londres. On y est arrivé le dimanche soir après un week-end bien arrosé au festival Panoramas en Bretagne. Ce matin, on rencontre pour la première fois Ben Hirst qui fera notre son sur toute cette tournée anglaise. Après notre premier petit déj anglais typique, on prend la route pour Nottingham. Petit arrêt promo à la BBC, interview et tasses de thé. Premier contact en arrivant à la salle avec les mecs de Does It Offend You Yeah, mais il faut speeder, les balances sont expédiées à la vitesse de l'Eurostar. On découvre Hounds, le premier groupe qui jouera aussi en première partie avant nous tous les soirs, des mecs super cool et drôles. On met en place le merchandising CDs et affiches, et le concert commence. Premier concert pas évident, quelques galères techniques mais le public kiffe. Après le concert on vend 5 CDs au merch et on est content. En rangeant le matos, on hallucine sur les minettes venues à une soirée underage, juste à côté. Tenues incorrectes de rigueur, ahlala l'Angleterre...


Mardi 6 Avril : Départ pour Sheffield. En passant par une rue de Nottingham, Ben nous dit que c'est le quartier dans lequel le taux de criminalité est le plus élevé en Angleterre, ambiance ghetto... Arrivé à Sheffield, on découvre que la salle de concert est assez cool et il y a du wifi dans les loges. Merci seigneur ! Le système est bon et on se dit qu'on va faire un bon concert. On part avec Hervé et Vincent faire des achats, bières et sandwiches, pour la soirée. Va falloir s'habituer à ce régime et on découvre un peu Sheffield. Les portes s'ouvrent et la salle se remplit bien, beaucoup de kids en perspective sur cette tournée, la moyenne d'âge doit être comprise entre 17 et 23 ans. Le concert est bon, les gens ont vraiment l'air d'apprécier ce qu'on fait. On rentre ensuite à l'hôtel où résident les Does It et on rigole bien avec nos fans Bud et Jessica qu'on avait rencontrés lors de notre dernière tournée là-bas.

Mercredi 7 Avril : Départ pour Hull, petite ville du nord de l'Angleterre connue pour avoir été le dernier lieu de concert de Pavement, avant la dissolution du groupe. La salle où on joue ce soir est nettement plus petite que les précédentes mais c'est fun. Ce soir, c'est ambiance Caf' conc', il ne va donc pas trop falloir compter sur le son. La scène est trop petite pour qu'on puisse y installer les deux batteries, Hervé et Chas joueront donc sur la batterie des Does It. Ce soir on dîne sur place et on aura le droit à un super plat végétarien, unique moment où nous sera donné un repas de toute la tournée. La salle se remplit très bien et l'ambiance est assez bonne. On aide les Hounds à virer leurs matos de scène, le contact passe de mieux en mieux avec les gars. On fait un concert, les kids sont à fond, c'est drôle. Du coup, on passe des plombes à signer des affiches, vendre des CDs et prendre des photos avec les gamines ; on vient de se faire un fan-base énorme à Hull. Une super soirée qui se termine dans un fast-food Paki avec Pizza et Kebab au menu. "Enjoy your meal".


Jeudi 8 et Vendredi 9 Avril : On découvre enfin un visage plus souriant de l'Angleterre. Déjà le soleil est au rendez vous et York est une ville touristique charmante. On y reste deux jours (avec un day off), et nous prévoyons déjà de dévaliser le Top Shop. On arrive à la salle, surprise, la "venue" est plus cool que sur le papier. On expédie la balance comme d'hab. On répond à quelques questions pour une journaliste de la BBC locale, elle nous prévient que York n'est pas une ville très musicale... Direction le Sainsbury's pour nos achats quotidiens en alcools et sandwiches (de fortune). On s'arrête regarder des djeuns du coin qui font du roller sur une rampe en écoutant Duran Duran (chacun sa culture). Retour à la salle. Bon, manifestement la foule n'est pas au rendez vous... The Hounds jouent devant une salle quasi vide. Elle ne se remplira pas beaucoup plus au fur et à mesure de la soirée. On fait le show, tant bien que mal, devant un public plutôt enthousiaste mais disparate. J'ai du mal à me mettre dans le show. La prédiction de la journaliste était juste. On vend un disque à un type, on trace à l'hôtel.
Le lendemain matin, on décide d'aller faire du shopping comme prévu, opération total relooking à l'anglaise. On espère que les gens vont nous regarder différemment dans la rue, peine perdue nous sommes définitivement çais-fran ! Le but d'un day off, en principe, est de se reposer. Bien entendu, nous appliquons ce précepte à la lettre en se la collant sévère au Jagger-bomb (Jaggermaister + Redbull) et on finit en boites de nuit. La première spécialisée dans les 80's, on fait les cons sur la piste de danse sur Like a Prayer de Madonna. Puis on décide de changer de crémerie, direction The Gallery, night club situé en plein coeur de York. Le bâtiment est beau, le DJ balance du Eric Pridz et du Guetta. Au sous-sol, c'est hip-hop. On essaie de danser avec des anglaises, mais visiblement on s'y prend mal ! On revient complètement cassé à l'hôtel.


Samedi 10 Avril : On fait moins les malins.  Nous reprenons la route direction Bolton. Jed notre bon pote anglais, qui nous a accueillis à Londres, nous a prévenus : "Bolton is shitty". On retrouve  les Does it, reposés mais manifestement pas super ravis d'être là. Mattie, le guitariste du groupe, s'excuse platement auprès de moi de nous avoir embarqués dans cette galère, "No worries man ! You're welcome !". Bon, alors Bolton : effectivement c'est pas la fête ici. C'est une petite ville industrielle délabrée. On se retrouve au beau milieu d'une baston de rues, un mec la gueule en sang qui course un autre type. On se  croirait dans le film La Vie de Jésus de Bruno Dumont, version lads anglais. Pas la joie. De retour à la salle, même constat qu'à York, ça ne se presse pas au portillon. On joue devant un public clairsemé de très jeune  gens qui s'ennuient à mourir dans leur ville. On remballe le matos direction l'hôtel.

Dimanche 11 Avril : On reprend la route et on s'enfonce encore plus dans la campagne anglaise, direction Stoke-On-Trent. Un peu dépité par ces deux dernières dates, on se demande comment va se passer celle du soir. Mattie nous rassure tout de suite: "Tonight is sold out, Thanks god!". Pendant ce temps- là, Chas le batteur de The Hounds, raconte ses exploits de la veille au soir à Pierre et Hervé. Ce mec vit le rock'n'roll avec une sincérité désarmante, applique les préceptes de Motley Crue à la lettre. Vraiment touchant. L'heure du concert approche, la foule (beaucoup de kids encore une fois) s'agglutine devant la scène. Ils sont bouillants. On attaque le set pied au plancher, tout se déroule super jusqu'à une coupure de courant indépendante de notre volonté. Il faut improviser, donc on improvise. Pendant que Pierre et moi nous essayons d'arranger nos affaires, Vincent et Hervé partent dans une impro zouk.  Why not ? Du coup, le public de plus en plus frustré devient bizarrement de plus en plus chaude patate. Alors on repart sur Highway, et là : Pogo ! du jamais vu. On fini le set comme d'hab sur Mission. Le gens sont visiblement aux anges, on a fait plus que chauffer la salle pour les Does it qui, à leur tour, retournent le public. Ouf, nous somme rassurés, la première semaine se finit super bien.


Lundi 12 & Mardi 13 Avril : On prend l'autoroute du sud (sic), direction Portsmouth. Le paysage change. Un jour de repos dans cette charmante ville balnéaire. Cette fois ci, on profite vraiment de notre day off. Le lendemain le soleil est au beau fixe. On se rend au Wedgewood Rooms qui est bien équipé et de loin la plus grande "venue" depuis le début de la tournée. D'ailleurs, on apprend que les prochaines dates risquent  toute d'être plus remplies les unes que les autres. Le concert se passe bien, pas notre meilleur date, mais le public apprécie et s'étonne que des français sachent jouer ce genre de musique. Pas de folie ce soir, on se réserve pour la date à Cambridge du lendemain.


Mercredi 14 Avril : On débarque à Cambridge, ville universitaire super accueillante. Jed, notre pote londonien qui nous avait accompagnés sur la date de Stoke-On-Trent,  nous rejoint à The Junction. Une belle salle bien équipée. Les balances durent trois plombes, visiblement l'ingé a eu son diplôme dans une pochette surprise. On finit tant bien que mal la balance et nous prions pour que tout se passe bien une fois l'heure du concert arrivée. La salle est bien remplie et alléluia  l'ingé- son assure sa partie. On fait un super concert, le public est ravi. Impression confirmée au stand merchandising  où Jed s'active (et charme toutes les filles!) .On le rejoint, on signe pas mal d'autographes et on dédicace des disques. On boit quelques verres avec les Does It étonnamment calmes ce soir, ce doit être parce que les parents de Mattie sont là. Nous sommes en revanche en pleine forme. Malgré tout on ne trouve personne pour nous traîner en club. Le lendemain, on se promène dans les rues de Cambridge, on trouve notre disque chez un petit disquaire et on en profite pour se procurer le nouveau MGMT qu'on écoute par la suite pas mal dans le van. Flash Delirium !


Jeudi 15 Avril : On remonte un peu plus vers le nord. Norwich n'est pas, pour l'instant, la ville la plus funky dans laquelle on s'est arrêté. En revanche, comme à Portsmouth et Cambridge, le public est au rendez-vous. On sent surtout qu'on a de plus en plus notre set dans les pattes, on joue sans réfléchir et musicalement on se permet de plus en plus de liberté dans l'interprétation des morceaux. Niveau public, c'est à peu de choses près le même constat qu'à Cambridge, un public de kids agréablement surpris par notre show. On finit d'ailleurs ce soir par vendre nos derniers CDs.

Vendredi 16 Avril : On arrive dans la "hometown" de nos "bandmates" The Hounds : Chelmsford. Ils attendent pas mal de leurs potes ce soir. On débarque au Barhouse, petit bar/club assez sympathique. Pour la première fois il y aura des DJs en fin de soirée, car le lieu ferme relativement tard. Techniquement c'est beaucoup plus light que les jours précédents, donc le concert est fatalement plus rock'n'roll. Surtout pour Hervé qui se retrouve sans retour au bout d'un morceau, dur, dur pour lui dans ces conditions d'apprécier le concert. Malgré tout, il assure ses parties sans problème. Ce soir c'est la fête, et qui dit "party" dit "Jaggermeister". Je suis d'humeur généreuse ce soir, j'ai envie de payer des coups à la terre entière, problème j'en bois forcément à chaque fois aussi. Le concert de Does It est très, très brutal mais vraiment bon, les gens slamment et se cognent la tête au plafond. Pour ma part je manque de me prendre un coup de basse dans la figure. Fin de soirée très floue, lendemain matin très difficile.


Samedi 17 Avril : On prend la route sous un soleil magnifique, on flippe des bouchons sur la route, mais finalement on arrive à bon port sans souci ni retard. Poole est une ville balnéaire avec beaucoup de grosses baraques et ça sent l'argent à plein nez, mais ça nous fait du bien d'arriver au bord de la mer, de voir des pins maritimes et de sentir la brise océanique. La salle est assez cool et on hallucine sur le DJ set de Boy George prévu en Juillet (?). La balance se passe bien, mais on commence à sentir venir la tristesse de fin de tournée. Hé oui, c'est presque déjà la fin. Pour notre dernier dîner anglais on part vers les plages et on se pose dans un restaurant pour touristes pour y "déguster" un délicieux "Fish&Chips" de luxe. On retourne à la salle en faisant un arrêt à une station-service et Lionel part sans payer... Ils nous retrouveront plus tard dans la soirée et on payera notre note, quelle blague ! Le public est venu en nombre, c'est cool, ça fait du bien de finir sur une date avec plein de monde et une grosse ambiance. Tout le monde est bien chaud .On rigole des blagues pourries que nous raconte le père de James, le chanteur des Does It ,qui s'essaye aux blagues sur les belges en français. On fait un super concert et ça finit en apothéose sur un Mission incroyable avec les musiciens des deux autres groupes. EMOTION... Les Does It arrivent sur scène et retournent la salle, ils nous invitent à monter sur scène pour leur dernier morceau. Un grand moment. Les concerts se terminent par une distribution des dernières affiches restantes aux petites groupies, on range le matos et on se retrouve tous dans le bar d'en bas. Billard, juke-box, tournées de boissons alcoolisées, photos de groupes, les activités ne manquent pas et on passe des heures à dire au revoir à tout le monde et à se filer les contacts de chacun. Le lendemain, on passe par une petite gare perdue pour y déposer Ben, non sans émotions après ces 15 jours passés en sa compagnie et on prend la route pour l'Eurostar. Bye-bye England ! We love you. "Bon, la semaine prochaine on fait quoi déjà ?"

 

Texte et photos: Fortune.