Un meurtre sur fond de clubbing dégénéré qui fit les gros titres de la presse new-yorkaise à l'époque. C'était en 1996. Depuis, Michael Alig est en prison, et selon Michael Musto, journaliste du Village Voice qui couvrit l'affaire alors, il pourrait bien qu'il sorte plus tôt que prévu, c'est à dire très bientôt. A la fin des années 80, alors dans sa vingtaine, Michael Alig était le roi des nuits downtown, promoteur de soirées décadentes, notamment au Limelight, et le chef de file de ceux qu'on appelait les Club Kids, petite clique follement extravagante qui drainait des milliers de clubbers partout où elle allait.




Les Club Kids improvisaient des fêtes clandestines dans des Mc Donald's ou dans le métro de NYC, qui finissaient souvent dans un fourgon de police. Fascinés par l'esthétique gore, Michael et sa bande organisent des fêtes costumées inspirées du film Bloodfeast, entre autres réjouissances (faire boire sa propre pisse à un client sur scène, rouler des pelles à tout le monde alors qu'il avait l'hépatite B, pisser sur les serveuses, etc).
Ils carburent à la kétamine, puis au mix quotidien de cocaine-héroine-crack-ecstasy. Voilà donc la routine de Michael Alig et des Club Kids, racontée dans le documentaire grâce à des images d'archives et des interviews de rescapés de la fête qui font froid dans le dos, et qui pourront calmer ceux qui fantasment sur la liberté sans limite des nuits d'antan. Pauvres 90's. Malgré les platform shoes et les hurlements, leur décadence ne sent plus la fête, et pas seulement parce qu'on connaît la fin.


Michael et ses freaks passent de mode. Le Limelight ferme régulièrement pour trafic de drogues. Angel, employé du club et dealer attitré de la bande, surnommé ainsi pour son costume fétiche de policier à ailes d'ange, se retrouve au chômage et emménage chez Michael qui pioche dans ses réserves de drogues sans payer. Un jour de mars 1996, à l'occasion d'une dispute, Michael et Freeze, son autre colocataire, fracassent le crâne d'Angel à coups de marteaux, puis l'étouffent, avant de remplir ses intestins de Destop. Ils laissent le corps dans la baignoire pendant une semaine, jusqu'à ce que Michael, revigoré par un gros shoot d'héroïne, se décide enfin à découper les jambes, les mettre dans un carton, mettre le torse dans un autre carton, et balancer le tout dans l'Hudson river.
La vie continue, et Michael poursuit sa descente, quitte NY pour se faire oublier, revient, tente un comeback raté mais n'est pas inquiété : la police se fout bien de la disparition d'un dealer colombien. Jusqu'à ce que la boîte contenant le torse cul de jatte de Angel Melendez réapparaisse sur les rivages de Staten Island. 10 à 20 ans de prison pour Alig et Freeze. Dans le film, Michael Alig, explique entre deux ricanements depuis sa prison que bien sûr il aurait aimé que ça n'arrive pas : « Je fais des rêves terrifiants d'Angel. Mais je ne peux rien faire pour le ramener ». Ce qui n'a pas l'air de le déranger plus que ça.

Voilà donc pour ce petit souvenir des nuits new yorkaises, qui retrouve une actualité avec ce dernier rebondissement. Que fera Michael Alig une fois sorti de prison ? Michael Musto avance plusieurs possibilités - exposition de ses oeuvres (il s'est mis à la peinture), ou plus vraisemblablement, émission bien crasse de télé-réalité. Quant à ses lecteurs qui ont connu Alig, ils se chargent de lui souhaiter le meilleur.

Regarder le documentaire: ici.  

Valentine Faure // En partenariat avec blogs.lesinrocks.com/new-york.