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Le sexe crade est mort

Mardi 12 avril 2022
giphyAvant, on déambulait dans Paris en tombant aisément sur des enseignes à néon attrape-queutards à base de « sex shop » « dvd coquins » « ciné sex » « projection vidéo X », quelques clampins traînant devant, et des mères pressées tirant la main de leur gosse intrigué par des lumières rappelant les stands de Churros. Aujourd’hui, tout ça, c’est fini. Au profit de nouveaux magasins aux antipodes de leurs prédécesseurs. 
 
Dans les années 70, les premiers sex-shops se sont implantés en France comme une évidence salvatrice libératrice, suscitant la curiosité et l’excitation des passant.e.s pour qui le sexe se pratiquait dans le secret, la discrétion et où le tabou enveloppait une société jusqu’alors hypocrite vis-à-vis de la sexualité. Les enseignes tape-à-l’oeil instauraient un nouveau climat pseudo-révolutionnaire, normalisant aux yeux de tous l’existence du désir et les déclinaisons de celui-ci. Enfin, malgré mai 68 et la libération sexuelle qui accompagnait cet élan de décomplexion du zgeg, ces antres de la coquinerie pimpées aux Led étaient construites majoritairement par des hommes et pour les hommes, excluant d’emblée la gente féminine de cet amas de phallus veineux et de vaginettes, et parce que tout ça n’avait rien d’accueillant pour les femmes, elles n’y mettaient que très peu souvent les pieds. Les femmes n’ont jamais trouvé leur place dans les sex-shops, ou alors pour rire entre copines pendant une virée dans la capitale ou à l’occasion d’un enterrement de vie de jeune fille. Ce que proposait le sex-shop, c’était une ambiance testostéronée garnie de DVD de films X aux scénarios écrits par des hommes mettant en scène des actrices soumises, entretenant une idée du coït complètement erronée et bien loin de la réalité. Les sex-shops tout neufs sont peu à peu devenus bien glauques et décrépis, et puis un jour, tout le monde les avait désertés, mis à part deux ou trois fidèles qui n’avaient toujours pas cédé à l’arrivée d’Internet. Le sexe commercial patriarcal devenait obsolète. Mais depuis quelques années, de nouvelles devantures sobres et rose kiki aux vitres bien transparentes ont fait leur apparition ; le love-shop est né. Parce que le sex-shop crade appartenait aux hommes, il devait rester là où il s’était terré, à tout jamais. Des cendres de ces beauferies néonesques s’érigeaient le love-shop, pensé par des femmes et des hommes plus éveillés qui avaient compris un truc : les femmes aussi aiment le sexe. Le magasin d’accessoires érotiques a donc pris un virage à 360° en mettant le désir des femmes au coeur du business. On les avait exclues pendant des années et hop, adapter ce marché du sexe fun autour de la gente féminine lui a clairement redonné un second souffle, si ce n’est sa véritable place, parce que les hommes aussi vont finalement y trouver leur compte. Et pour les projections sinistres sur des banquettes qui collent, le Berveley ayant fermé ses portes en 2019, les pélots devront se contenter du virtuel. En attendant, si vous êtes un peu timide, que vous n’avez pas le temps de magasiner mais que que vous cherchez à enrichir votre collec’ de canards à plumes vibrants et de phallus portatifs, vous devriez aller voir ici
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L'homme et le stress : a fatal odyssey

Jeudi 07 avril 2022
giphyParce qu’on sait qu’il a sûrement toujours été là, des grottes humides de la Préhistoire au bug de l’an 2000, on vous rappelle que l’homme n’a clairement aucune chance face à un phénomène universel inévitable qui occupe 80 % de nos discussions hebdomadaires : le stress. 
 
Laurent Wolf avait essayé de trouver le remède grâce à un son techno gueulard sorti en 2008 ; étrangement, aucun résultat probant, si ce n’est des nuits de black out à sautiller en club et arborer un look emo-fluo carrément immonde. Depuis, l’être humain semble avoir complètement lâché l’affaire, quitte à assumer et se plaindre hypocritement d’être victime de stress sans pour autant faire quelque chose pour y remédier. Une attitude so French et contre-productive qui nous a un peu éloigné de l’essentiel ; la racine de notre mal. Eh bien c’est un chercheur, Hans Selye, un de ces mecs de l’ombre qui expérimentent des trucs sans que personne ne se doute de rien, qui a pour la première fois donné un nom à cet état qu’il retrouvait sur bon nombre de patients malades dont il s’occupait. C’était dans les années 1920, et le mec a consacré toute sa vie à décortiquer le pourquoi du comment qui entourait ce sujet à l’époque aussi flou qu’un rétroviseur nettoyé avec une motte de beurre. Hans est le premier à avoir prouvé que le stress pouvait avoir un impact majeur sur la santé de quelqu’un, parce que face au stress, le corps se défend et s’épuise avec le temps, rendant le système immunitaire de plus en plus déficient. Fun. Après, Hans n’avait pas raison sur tout, parce qu’il pensait que tout le monde avait le même taux de stress sur tout un tas de situations perturbantes, sauf que non, on ne réagit pas tous avec le même niveau de stress parce que cela dépend de nos peurs, notre vécu, bref, c’est finalement assez perso. Des médecins ont pris le relais sur le sujet et ont continué leurs recherches, sans pour autant nous permettre de trouver le saint graal anti-stress (on a eu droit à la mode des bulles à éclater en silicone multicolore, manque de bol le truc n’est efficace que chez les moins de douze ans en TDAH). En fait, on peut se dire qu’au vu des innombrables situations perturbantes que l’homme a rencontré depuis qu’il est devenu homme, le stress fait un peu partie de lui. D’ailleurs Hans Selye, ce sang de la veine, séparait le stress de l’Eustress, un concept qu’il a développé après avoir compris qu’il y avait le bon et le mauvais stress (les fans des Inconnus on vous voit arriver avec vos mauvaises imitations), et que du coup, on a besoin du stress pour faire face à la vie. Sinon et sans transition aucune, pour être un peu plus chillax au quotidien, vous pouvez prendre du cbd. Apparemment, c’est pas mal efficace.
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Des larmes qui tombent sans bruit ne sont pas des larmes

Jeudi 27 janvier 2022
giphy-4Le top des chansons post-rupture toute fraîche (par étapes), quand rien ni personne ne fera changer ce mal-être profond des entailles de vos valves meurtries, mais qu’il y aura quand même la musique en fond pour accompagner tous vos cris, vos SOS, step by step. 
 
Michel Jonasz - Dites Moi

  
Le déni. Cette personne qui partageait vos prouts de couette n’est plus là, et maintenant qu’il fait froid, il n’y a plus que le radiateur électrique pour faire suer toutes ces larmes de sang et assécher cette gorge serrée. Et vos méninges pour passer en boucle les raisons pour lesquelles vous êtes seul aujourd’hui à écouter la voix aristo-meuglante de Michel, sa coupe de veuch anarchiste et sa lèvre tombante. On se dit qu’il y a forcément une raison, que c’est la faute d’un tentateur aguerri, un suppôt de Satan, on cherche une réponse et on ne la trouvera probablement pas mais extérioriser l’inexplicable, ça fait toujours du bien. 
 
Claude François - Le Chanteur Malheureux 
 
 
Le point de non-retour. La shame de la tristesse commence à laisser place à une décomplexion totale du soubresaut tremblotant du cœur brisé. Phase décisive cathartique pour expier au maximum en grimaçant, et même les voisins auront compris qu’il ne faudra pas casser les couilles ces prochaines semaines.
 
Demis Roussos - Quand Je T’aime  
 
 
La rechute. Le petit SMS, l’espoir désespéré de la dernière chance, le regard furtif pendant une soirée appart bondée, et bim, ça y est. Sauf que le scénario impulsif laisse place à la réalité d’une relation désormais bien terminée, que l’être aimé continue d’aller chercher son pain sans breakdown une fois arrivé à la caisse, lui. Demis Roussos, c’est le dernier cri du cœur pour savoir ce que c’est qu’une décla pure et larmoyante, avant de fermer la porte branlante du passé.
 
Dalida - Pour Ne Pas Vivre Seul  
 

La victimisation. De toute façon, la vie, c’est ça. On croit en l’illusion rose poudrée d’un bonheur fait de dimanches chez Plantes pour tous, de projets de week-end à Deauville, pour finir par ne plus se laver et jouer à Zelda. C’est le début de l’acceptation de la fin, le commencement d’un self-comfort à base de crème glacée Cookie Dough, de longues marches dramatiques dans les parcs en regardant les enfants gambader, les chiens se renifler, les roses se balancer. 
 
Mario Pelchat - Pleurs Dans La Pluie
 
 
 L’apothéose. Maintenant, tout le monde sait que vous êtes seul, et c’est cool. Maintenant, il y a des projets qui fusent, des idées d’ouverture de bar-restaurant-karaoké avec vos potes, des envies de flirt par-ci par-là au détour d’une queue de chiottes, d’un test PCR ou d’un mocha en terrasse. C’est le temps de l’exacerbation de la solitude sentimentale, des beuveries indécentes qui finiront par des accolades avec des inconnus et des chants du cœur pour réchauffer le vôtre, encore fragile. « Et si je pleure dans la pluie, tu n’y verras que du feu… ».
 
Pour ceux qui veulent du concret, pas juste une pelletée de chansons d’amour torturées, et bah ok, pas de soucis les copinous. Contrairement à ce qu’a dit un jour un mec que je ne connais pas, l’argent fera peut-être votre bonheur en comblant votre manque affectif. Pour en gagner, il vous suffit de cliquer pour savoir où acheter la crypto Shiba Inu, cette monnaie du futur qui fera de vous un être triste mais riche.
 
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Money money money

Lundi 24 janvier 2022
giphy-1Ah, ce mythe de la société idéale où l’on peut troquer un bouquet de carottes du potager bio contre une chemise en lin, où tout le monde se salue d’un sourire serein parce que l’argent n’est plus un fardeau qui empoisonne le monde des hommes, bref, cette société est bien évidemment une utopie cinématographique non viable, et la seule chose qu’on veut c’est faire un maximum de biff pour mettre la daronne à l’abri et se payer enfin les Loubous qu’on mérite. Astuces pour devenir comme Crésus. 
 
Vendre ses sous-vêtements sales
Parfois, la vie n’est qu’une grosse course Mario Kart level expert où le but est juste de survivre en évitant les appels de tes potes qui veulent te capter pour un verre en terrasse, ta mère qui s’inquiète de savoir si tu manges assez et ce coup de fil de la CAF que tu dois impérativement passer demain, sans faute. Et à côté, il y a la vaisselle vaseuse de ces deux dernières semaines, le Tupperware de risotto en mutation transgénique que t’as décidé d’ignorer temporairement et le panier à linge sale, rempli, qui n’attend que ta volonté divine pour être désouillé de ses pêchés. À moins que… à moins qu’il existe des plateformes de l’Internet des abysses sur lesquelles t’attendent de mystérieux fétichistes du slip, prêt à payer le prix fort pour ton Eminence troué par les mites. Maintenant que vous savez, on vous laisse faire le reste. 
 
Devenir dog-sitter
Ramasser de la merde. C’est ce qui me vient spontanément quand un mec essaie de me vendre du rêve avec son job de promeneur de toutous du dimanche aprem. Son visage s’illumine de monts et merveilles de sa passion de canidés, les yeux exorbités par l’amour de frotter des pelages frénétiquement en se faisant pourlécher la face, et tout ce que je vois en le regardant s’extasier, c’est moi, ramassant des bouses. Et je me dis que si je n’étais pas un connard en manque de reconnaissance tout névrosé que je suis, je m’en foutrais bien de mettre mes mains dans la fange, parce qu’il y a un tas de vieux des quartiers chics qui n’ont plus la force de sortir leur chien et qu’ils préfèrent souvent investir toute la thune qui leur reste pour leur bébé velu plutôt qu’en leur propre descendance à deux pattes qui ne daigne même plus leur rendre visite. Si vous êtes à l’aise avec la race canine et que vous êtes décomplexé de la défécation, foncez.
 
Être influenceur
Quand j’étais enfant, j’ai tenté de percer sur Skyblog après avoir vu une petite fille (je me l’étais imaginé comme ça, mais je réalise que ce compte aurait aussi bien pu être tenu par Roger, 54 ans, et je sais pas si je suis à l’aise avec ça) tenir un blog sur la vie de ses Petshops, des figurines en plastique à tête dodelinante disproportionnée. Elle faisait des photos pour présenter ses petits jouets, les mettait en scène et lançait des tas de concours pour faire participer sa communauté. Je voulais faire exactement pareil, mais mon téléphone prenait des photos tellement dégueulasses que j’ai rapidement arrêté de croire en mon potentiel influenceuse. Ça, et peut-être que le rythme effréné des publications quotidiennes du mystérieux blogueur (aka la petite fille aka Roger) n’était simplement pas fait pour moi. Aujourd’hui, les réseaux sociaux pullulent de personnages un peu famous qui racontent leur vie en s’étalant de la BB Crème sur la face, et si vous avez beaucoup de temps à consacrer, un bon gros paquet de motivation et un talent pour rendre votre vie ultra-intéressante aux yeux du premier venu, let the game begin. 
 
Si ces jobs de rêve ne vous ont pas convaincu, peut-être que votre truc pour faire de la moula c’est tout simplement d’apprendre comment investir en ETF.
 
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Le temps, cette kryptonite dorée

Jeudi 25 novembre 2021

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Depuis qu’il a investi la planète Terre il y a près de sept ridicules millions d’années, l’humain a toujours essayé de tout contrôler. Ses semblables, d’abord, mais aussi les paysages, la vitesse, les énergies fossiles et nucléaires, les animaux (miskin les chihuahuas). Mais s’il y a bien une chose que ce sacré coquin d’Homo sapiens n’a toujours pas réussi à contrôler, c’est le temps (et non, la chirurgie esthétique et la crème de nuit anti-âge au mimosa de Constantinople n’y feront rien). De ce fait, on observe avec stupeur et amusement l’expression d’un profond désarroi de l’individu en mal de manipulation de sa timeline. Et comme être humain en souffrance = production d’œuvres musicales, on vous remémore certaines de ces créations qualitatives indispensables à la survie de notre chère race.

Léo Ferré – Avec le temps : sûrement un des sons les plus repris de l’histoire de la chanson française, avec pas moins de 82 artistes qui ont fait trembloter leur larynx pour creuser leurs joues bouffies de larmes de sang, tellement qu’avec le temps va, tout s’en va. Mention spéciale pour la version de Dalida en 1972 qui partage avec notre parolier en détresse le même déchirement viscéral d’un amour déchu.

Trei Degete – Time Time : quand on donne un défi au gourou tout puissant de Youtube, il le relève, mais avec triple sauce blanche-roumaine intérieur simili cuir svp. Comme quoi on peut tout avoir mais ne rêver que d’une seule chose : voyager à travers les siècles, déguisé en Eric Anzalone de Village People. L’humain, cet éternel insatisfait. 

Alain Chamfort - Le temps qui court : et finalement, après quelques années, le grand enfant que l’on n’est plus (stop les doudous, c’est glauque) se rend compte qu’il faut payer la taxe foncière, et les séances d’ostéopathie non remboursées par la mutuelle, et l’on aimerait que tout cela ne soit qu’un épisode effrayant de Princesse Sarah (même s’ils le sont tous, en fait) et se réveiller ainsi sous un ciel d’étoiles phosphorescentes dans une mezzanine Ikea. On est tous tellement matrixés que les BG d’Alliage l’ont repris 24 ans plus tard (pépite), et Les Enfoirés aussi.

Booba feat. Gato – Rolex : et puisque la vie nous a rendu plus orgueilleux, on ne peut que valider Booba quand il s’esclame : « on meurt jeunes, on meurt célèbres, criblés de balles, en Mercedes, bon qu’à faire de l’espèce » et c’est triste mais c’est ce qu’on est devenu, des michtos du temps qui passe, prêtes à tout pour oublier qu’on va crever, même à faire de la monnaie en utilisant nos faiblesses comme de pauvres perverses narcissiques automutilées que nous sommes. 
Est-ce qu’on peut dire que du coup, le temps, c’est de l’argent ? Si vous avez peur de courir après, vous pouvez toujours essayer de faire le mec serein comme Booba, bijou au poignet, et checker le prix d'une montre Rolex sur Chronext. Par exemple.

Par Vanille Delon

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